L'Ankou. La rencontre de la mort qui tue

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L'Ankou. La rencontre de la mort qui tue

Message par Admin le Jeu 18 Juin - 16:58

L'Ankou. La rencontre de la mort qui tue





En cet été chaud, offrons-nous un moment d'effroi. Une rencontre avec l'Ankou, le serviteur de la Mort, celui qu'on ne voit qu'une fois. Notre reporter l'a croisé, un soir, au détour de l'église de Ploumilliau. Un coup « pour de faux » mais c'est bien parce que c'était lui. La gourmandise me perdra. C'est sûrement parce que j'avais acheté du rab' de saucisse qu'il m'est tombé sur le râble, ce soir-là.

L'Ankou, l'ouvrier de la Mort. Forcément, je le connaissais. J'avais lu « La légende de la mort », d'Anatole Le Braz. Et je l'avais longuement observé, le squelette à la faux, dans l'église de Ploumilliau (*). Mais jamais je n'aurais cru qu'il pouvait en sortir. Il semblait solidement retenu par une chaîne. Et surtout, il paraissait mort. Très mort, même, si vous voyez ce que je veux dire. J'ai eu un mouvement de recul, en le voyant debout dans l'embrasure d'une porte, à l'arrière de l'église, et j'ai été tenté de prendre mes jambes à mon cou.


Mais une lueur dans ses yeux, ou du moins l'orbite qui lui reste, m'a rattrapé. Appuyé sur sa pelle L'Ankou s'est avancé d'un pas et s'est appuyé les bras sur sa pelle. « Tu as de la chance. Mes heures ouvrables finissent à l'instant », a-t-il ricané, d'une voix caverneuse. « Mais alors, pourquoi ne pas ranger vos outils ? », me suis-je hasardé à lui demander. « C'est pas faux, ce que tu racontes, mais, en ce moment, avec tous les vols sur les chantiers, je préfère ne pas les quitter d'une phalange. » Puis, il a tourné la tête. C'est très impressionnant, de voir tourner la tête de l'Ankou, elle vire à 360º, comme une girouette, sans que ça lui tire sur le cou. « Dis-moi, ami, tu m'as tout l'air d'un bon vivant. Que dirais-tu de partir en riboul' avec moi ? On pourrait aller prendre un peu de bon temps sur la côte. Il y a une éternité que je n'ai pas descendu une bonne bière. » À la place du mort J'ai senti ma gorge sèche et bredouillé un « oui » du bout des lèvres.

« On va prendre ma charrette. Tu n'auras qu'à t'asseoir à la place du mort. Et tu me paieras le coup, en échange du service. Pour une fois que je ne ramène pas quelqu'un de fauché ! » J'ai manqué défaillir, en montant sur son karriguel. Pas très discret, comme moyen de transport, cet engin qui grince en permanence. « Pour monter aux cieux, pas besoin de graisser les essieux », a commenté mon chauffeur, décidément d'humeur badine. « Où allons-nous ? », l'ai-je interrogé, alors que la charrette filait grand train vers la mer. « Vers Port-Blanc. Ça me changera de ma vie en noir. Et j'espère y croiser mon vieux copain Anatole. Amis pour la vie, qu'on était tous les deux. » Bien sûr, il parlait d'Anatole Le Braz. J'étais pour lui dire qu'il était mort depuis plus de 80 ans. Mais ce genre de détail importe sûrement peu à l'Ankou.

En chemin, j'entends l'étrange sonnerie d'un téléphone et je cherche dans mes poches. « Ne te fatigue pas, c'est le mien », intervient l'Ankou, devant mon regard ahuri. « Allô ? Oui, patron. Une urgence. J'arrive tout de suite. » La bière attendra Le squelette tourne la tête à 180º et me jette un regard presque triste, m'invitant à descendre. « Avec la Mort, c'est pas demain les 35 heures. Je vais devoir te laisser en plan. » Et, alors qu'il fait demi-tour, il me lance : « la bière, ce sera pour une autre fois. Ma préférée, c'est la Mort subite. » J'ai eu des sueurs froides, en le voyant partir, alors qu'il me plantait là, en plein milieu de la campagne. Et je ne lui ai même pas demandé son numéro. Boire un coup avec l'Ankou sacré scoop.

(*)Ceci est un astérisque (et périls) pour recommander au lecteur la lecture de « La Légende de la Mort », d'Anatole Le Braz, et la visite de l'église de Ploumilliau.

http://www.letelegramme.fr/local/cotes-d-armor/lannion-paimpol/ville/l-ankou-la-rencontre-de-la-mort-qui-tue-31-07-2013-2188820.php





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Re: L'Ankou. La rencontre de la mort qui tue

Message par Admin le Jeu 18 Juin - 17:06

L'histoire de Fañch ar Floch


Il y avait à Ploumilliau un forgeron qui s'appelait Fañch ar Floc'h. Ses affaires marchaient fort bien car il était très habile dans son métier. Il avait toujours plus de travail qu'il n'en pouvait exécuter. Ses enfants étaient bien nourris, bien tenus. Bref, ce n'était pas lui qui aurait eu besoin de passer un pacte avec le vieux Polig. Au surplus, c'est une chose qu'il aurait jamais faite, car il était trop bon chrétien pour cela. Cette année là, la veille de Noël, il se hâtait de terminer les travaux les plus urgents afin d'être libre pour la fête, quand se présenta un de ces meilleurs clients qui lui apportait une paire de roues de char à bancs à ferrer.

Il en avait absolument besoin pour le lendemain parce qu'il devait aller porter ses voeux à son vieux parrain qui demeurait au - delà de Morlaix. Il insista tant que Fañch promit de faire un effort et de tenir prêtes, coûte que coûte, les deux roues pour le lendemain à la première heure. mais ferrer une roue n'est pas un petit travail.

Il faut retirer la vieille ferrure, puis façonner un cercle neuf à la taille convenable et vous voyez le temps que cela prend. On porte ensuite ce cercle au rouge pour le dilater et quand il est à l'exacte température voulue, il faut sans perdre un instant l'ajuster avec adresse et avec beaucoup de précision autour de la jante de bois puis l'arroser d'eau froide afin qu'il ne brûle pas le bois et se rétracte tout de suite, emprisonnant la roue dans un étau dont elle ne puisse se dégager. Ces opérations étaient loin d'être achevées quand sa femme appela Fañch pour le souper.


Il congédia ses compagnons et son apprenti et, en se mettant à table, déclara à son épouse : - Il faudra que tu ailles seule à la messe de minuit avec les enfants : je ne serai jamais prêt à t'accompagner. J'ai encore une roue à ferrer, que j'ai promise pour demain sans faute. - Tu comptes y arriver seul? - Il le faut bien. C'est éreintant, mais je l'ai déjà fait. Quand j'aurai fini, je ne serai pas en état d'aller à l'église : c'est de mon lit que j'aurai besoin. - Fais attention, au moins, que la cloche de l'Elévation ne te trouve pas encore au travail. - Oh! pour cela, sois tranquille. A ce moment - là je ronflerai déjà comme un bienheureux.

Sa dernière bouchée avalée, il retourna à son enclume et se mit à battre le fer avec ardeur. Pour se mettre dans l'ambiance de Noël, il fredonnait le cantique "War ar ménez, ar Bastored" (sur la montagne, les bergers...). Il avait laissé la fenêtre de la forge ouverte pour être sûr d'entendre sonner les cloches. Il aperçut sa femme et ses enfants qui partaient pour le bourg, des lanternes à la main, dans le vent et la froidure. Il leur cria bonne route et sa femme lui fit un petit signe de la main en disant : - Nous prierons pour toi. Mais souviens - toi, surtout, de ne pas dépasser l'heure sainte. - Aucun danger. J'aurai bientôt fini. Et je surveille l'heure. Quand on est occupé, on ne se rend pas compte de la fuite du temps.

Et quand on tape à tour de bras sur des morceaux de fer avec un gros marteau, il n'est pas étonnant qu'on n'entende pas le carillon des cloches dans le lointain. Au moment où il se dit que la messe n'allait sans doute pas tarder à commencer, le prêtre avait déjà achevé de distribuer la communion. La bandage était terminé et il n'avait plus qu'à le faire chauffer au fer rouge afin d'en cercler la roue. Il quitta donc son enclume pour aller tirer sur la chaîne de son grand soufflet, lorsqu'il s'aperçut qu'un personnage dont il ne pouvait distinguer les traits le contemplait par la fenêtre ouverte. - Salut, répondit - il poliment, car il avait de bonnes manières. Il remarqua que l'homme était grand et maigre, qu'il était vêtu de noir et coiffé d'un feutre à larges bords. Mais ni la voix ni la silhouette ne lui rappelaient qui que ce fût du pays.

- J'ai vu de la lumière chez vous, reprit l'inconnu, et j'aurais justement besoin de vos services. - Je suis désolé, dit Fañch, mais je ne vais pas pouvoir vous satisfaire, car il faut que je finisse de ferrer cette roue et je ne voudrais pas que la cloche de l'Elévation me surprenne en plein travail. L'homme eut un petit rire sarcastique. - Pour cela, forgeron, vous retardez quelque peu. - Que voulez - vous dire? - Il y a un bon quart d'heure que la cloche de l'Elévation a sonné. - Mon Dieu! ce n'est pas possible! - Eh si! de sorte que maintenant, travailler un peu plus, un peu moins, ça ne changera rien. D'ailleurs, ce que j'ai à vous demander ne vous prendra pas plus de cinq minutes. Il s'agit seulement de river un clou.


L'inconnu saisit une faux qu'il avait appuyée contre le mur et en montra la lame qui branlait autour du manche. - Vous voyez, il manque un clou. - Bon, dit Fañch, on va vous réparer ça. Mais, par Dieu, qu'avez - vous à faire avec une faux dans la nuit de Noël? - Ceci n'est pas votre affaire, dit l'homme d'un ton sec. Faites votre travail c'est tout. Le forgeron avait hâte de se débarrasser du personnage, dont les manières ne lui plaisaient pas du tout. Il prit la faux et la posa sur son enclume. - Mais dites donc! elle est emmanchée à l'envers cette faux. Le tranchant est tourné en dehors. Quel est l'abruti qui vous a fait ce travail? - Ne vous inquiétez pas de ça. Laissez la lame montée comme elle est et occupez vous seulement de la fixer solidement. Fañch, qui n'aimait pas qu'on lui parle sur ce ton, ne desserre plus les dents et se dépêcha, en quelques coups de marteau rageurs, de river un autre clou à la place de celui qui manquait. - Voilà votre outil, dit - il. Le fer ne bougera plus. - Merci. Maintenant, je vais vous payer. - Bah! ce n'était rien. Ca ne vaut pas qu'on en parle.

Toute peine mérite salaire, mais ce n'est pas de l'argent que je vous offre, Fañch ar Floc'h. Un précieux avertissement je ne dis pas. Mettez vos affaires en ordre, recommandez votre âme à Dieu et, dès que votre femme rentrera, dites - lui de retourner tout de suite au bourg chercher le prêtre car, au premier chant du coq, je viendrai vous prendre. Fañch se dépêcha d'achever de ferrer sa roue, car un travail promis doit être exécuter. Puis il rentra classer quelques papiers et dresser la liste des créances que sa femme aurait à recouvrer. Après quoi, il se mit au lit. Il était bouillant de fièvre. Sa femme le trouva le visage baigné de sueur, les yeux mi - clos, récitant son chapelet. - Hâte toi, lui demanda - t - il, d'aller quérir le prêtre. Au chant du coq, il rendit l'âme, pour avoir forgé la faux de l'Ankou.

images: http://luniversdulfin.over-blog.com/2014/09/fanck-ar-floc-h.html


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