Peut-on vider la mer de ses poissons pour développer l’aquaculture ?

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Peut-on vider la mer de ses poissons pour développer l’aquaculture ?

Message par Admin le Ven 17 Fév - 21:43

Gérard Le Puill Vendredi, 17 Février, 2017
Humanite.fr



Selon une étude présentée cette semaine par l’ONG BLOOM, 57% de la production mondiale de farine de poisson sert à nourrir les poissons d’élevage tandis que 22% va aux cochons et 14% aux volailles. En France, les déchets d’abattoirs sont brûlés dans les cimenteries depuis une quinzaine d’années. Nos décideurs politiques ont peur de voir les poules attraper la maladie de la vache folle, depuis que les bêtes à cornes ont été malades en Europe suite à la politique irresponsable de l’industrie britannique de la production de farines animales sous Margareth Thatcher.


Alors que le débat sur les enjeux de l’élection présidentielle n’arrive pas à surmonter le niveau des bouches d’égout tant il nous envoie les effluves des affaires d’emplois présumés fictifs occupés par des proches de François Fillon et de la famille Le Pen, une information publiée cette semaine par l’ONG BLOOM n’a pas connu les mêmes relais médiatiques. Elle donne pourtant à réfléchir sur les conséquences de la « politique de l’offre » que défendent les partisans de la mondialisation libérale dans le cadre de cette campagne électorale.

Selon BLOOM, « depuis 1950, 25% des captures de poissons ont été réduits en farine et en huile ; 90% des captures réduites en farine sont des poissons parfaitement comestibles ; en Europe, la pêche minotière représente 12% des captures depuis 1950. Elles sont principalement réalisées par le Danemark ». BLOOM donne enfin cette information qui laisse supposer que la situation va devenir de plus en plus catastrophique dans le monde. « D’après les chiffres disponibles, on estime qu’environ 57% de la production mondiale de farine de poisson approvisionne le secteur de l’aquaculture (pour l’élevage de poissons), 22% le secteur porcin et 14% le secteur avicole. Le reste entre dans l’alimentation d’animaux domestiques ou d’élevage de fourrure», notamment de visons.


Ces chiffres posent beaucoup de questions auxquelles il conviendrait de donner une réponse planétaire. Mais cela engage aussi chaque pays, dont le notre, dès lors qu’il répond à la demande de poisson en produisant et en important des farines de poissons marins pour nourrir des poissons d’aquaculture en eau de mer comme en eau douce.

« Dans leur insatiable quête de ressources à capturer, les navires-usines gigantesques ont étendu leurs activités aux eaux lointaines des pays en développement , où ils sont entrés en concurrence directe avec les pêcheries vivrières locales en capturant ces petits poissons dits « de fourrage », ce qui constitue une grave menace pour la sécurité alimentaire» ,écrit BLOOM.

Le monde consomme aujourd’hui plus de poissons de mer que ne permet le renouvellement de la ressource planétaire. Une partie croissante de ces prises sert à faire de la farine pour élever des poissons nobles comme le saumon et la daurade dans des cages. Mais une autre partie, de l’ordre de 36%, est utilisée pour nourrir des cochons, des poulets et d‘autres volailles dans nos élevages industriels . Ces farines de poissons sont ajoutées aux céréales et aux tourteaux de colza et de soja qui entrent dans les aliments composés pour le bétail.


Cette aberration nous oblige à revenir sur ce qui a conduit la France à interdire « les farines animales » dans l’alimentation des porcs et des volailles en 2001. Cette décision fut prise pour « rassurer le consommateur », une quinzaine d’années après le début de la maladie de la « vache folle » en Grande Bretagne .Certains animaux de ferme consommaient un petit pourcentage de « farines de viande » riches en protéines depuis près d’un siècle. Mais sous les gouvernements dirigés par Margareth Thatcher - dont François Fillon copie les idées aujourd’hui-, la législation sanitaire devint laxiste afin d’augmenter les profits des firmes. Dans la production de farines de viande issues des déchets d’abattoirs et des animaux morts, on décida de baisser la température de cuisson de ces farines afin d’en réduire le prix de revient. Du coup, ces farines ne présentèrent plus la même garantie de sécurité sanitaire qu’avant et l’on s’aperçut beaucoup plus tard que la protéine « prion » vint s’accumuler dans le système nerveux central des ruminants herbivores que sont les vaches après avoir été nourries de ces farines. Malgré cette chute de température de cuisson , on n’a jamais constaté cette maladie chez des animaux omnivores que sont les cochons et les volailles.


En France, les humains mangent ce qui n’est plus servi aux poules et aux cochons !



En automne 2001, Jacques Chirac fit une déclaration publique demandant au gouvernement de Lionel Jospin d’interdire sans délais, toute consommation de farines animales dans les élevages français de porcs et de volailles, l’interdiction étant déjà en place pour les ruminants. A quelques mois de l’élection présidentielle de 2002, on rivalisait en haut lieu pour rassurer le consommateur paniqué par ce qu’il lisait dans la presse. Il convenait, nous disait-on, d’éviter que des paysans élevant des porcs, des volailles et des bovins soient tentés de servir ces farines aux herbivores. On voulait parvenir au risque zéro.

Depuis plus quinze ans, rien na bougé dans ce domaine. Les Français continuent de manger de la viande bovine. Cette viande est saine contrôlée. Dans les abattoirs, les chutes de viande et les os continuent d’être transformés en farines animales broyées et séchées comme avant. Mais depuis quinze ans, elles n’entrent plus dans l’alimentation des porcs et des volailles. Elles sont ensuite utilisées comme combustibles dans les cimenteries. Mais pas un gramme n’entre dans l’alimentation des porcs et des volailles alors que l’on savait, avant comme après la maladie de la vache folle , produire ces farines d’os et de viande de manière sécurisée. Plus cocasse encore , pour limiter les pertes sur la valorisation des carcasses d’animaux de boucherie , on inventé des systèmes de raclage et d’aspiration avant de faire entrer dans la chaîne alimentaire pour es humains tous les petits bouts de barbaque, de graisse et de tendons qui sont encore récupérable. Du coup nous mangeons dans nos sauces bolognaises ce que l’on n’ose plus servir aux poulets et aux cochons. Pour eux on pêche de plus en plus de sardines, d’anchois et de sprats, faute d’utiliser les farines issues des déchets d’abattoirs .

Certes, parce qu’ils sont des herbivores ruminants, mieux vaut ne pas servir des farines animales aux bovins, aux moutons et aux chèvres. Mais les cochons mangent la même chose que nous et les oiseaux se régalent des insectes et des mollusques. Quand une voiture écrase un lapin ou un hérisson sur une route de campagne, les corbeaux arrivent vite et commencent par manger les entrailles.

Les protéines animales sont un aliment naturel pour les porcs et les volailles. L’économie circulaire consiste à recycler ce qui est recyclable et nous devons développer l’économie circulaire pour freiner le réchauffement climatique. Mais, depuis quinze ans, pas un chef de gouvernement, pas un ministre de l’Agriculture et peut-être même pas un député ou un sénateur n’a osé aborder la question d’une réintroduction de farines animales dans les aliments des porcs et des volailles alors que nous savons les produire dans des conditions totalement sécurisées.

Il est vrai qu’une partie de la presse avait fait dans le spectaculaire pas très sérieux sur la crise de la vache folle entre le début des années 1990 et le début de la décennie suivante. Est-ce une raison pour maintenir le statu quo ? Préfère-t-on vider la mer de ses poissons avant de rouvrir ce dossier en France ? le moment est sans doute venu de poser la question aux candidats à l’Elysée, à Matignon et à la députation.



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