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Burn out, dépression, AVC... Un cri d'alarme ...

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Burn out, dépression, AVC... Un cri d'alarme ...

Message par Admin le Lun 27 Fév - 20:44

Publié le 26/02/2017 à 18:09 ouest france

Un cri d'alarme contre la souffrance au travail



Par Julie CATEAU.


Dans son livre, "Ne vous tuez plus au travail", Jean-Denis Budin explique les troubles physiques et psychiques liés au monde professionnel... qui déborde de plus en plus sur la vie personnelle. Entretien.

AVC, infarctus, dépression, burn-out… Ces accidents arrivent de plus en plus jeunes. Jean-Denis Budin, chercheur en sciences de gestion à Paris Dauphine, sort un livre,  Ne vous tuez plus au travail. Un cri d’alerte contre le surmenage professionnel.

Pourquoi ce livre ?


Pour ma thèse à l’université de Dauphine puis lors de l'ouverture du Credir, un centre d'aide à la transition pour les professionnels, j’ai côtoyé des gens qui avaient des difficultés dans leur entreprise, surtout des dirigeants. Certains ont des problèmes de mobilité professionnelle, d’autres sont en burn-out, d’autres s’apprêtent à prendre une promotion et sont très inquiets sur leurs capacités, se demandant s’ils vont y arriver, certains ont fait faillite…

Une personne, sur le point de déposer le bilan de son entreprise, a réussi à identifier qu’il était en train de faire un infarctus après avoir suivi un de nos stages. Sur le coup, sa femme pensait que c’était juste un calcul rénal car c’était quelqu’un de jeune, très sportif. C’est lui qui a insisté pour qu’elle appelle le Samu, c’est ce qui l’a sauvé.



On s’est dit que finalement les gens ne sont pas conscients qu’une phase de stress ou d’épuisement professionnel peut provoquer toute une série de problèmes, pas uniquement du burn-out. Plusieurs études montrent que de longues périodes de stress peuvent créer des problèmes cardio-vasculaires.

C’est le cas de grands patrons. Le PDG d’Eiffage décédé brutalement un matin fin 2015 alors qu’il avait 45 ans, que c’était un grand sportif et qu’il n’avait pas particulièrement de problème dans son entreprise. En fait, il ne dormait que 4 h par nuit depuis 20 ans.




Pourtant, le surmenage des cadres n'est pas un phénomène nouveau...

Avant, il n’y avait pas la corrélation entre les problèmes cardio-vasculaires et le fait d’être en surtravail. Quand quelqu’un mourait d’un infarctus à 50 ans, on avait tendance à dire qu’il mangeait trop, buvait trop ou avait une malformation cardiaque. Aujourd’hui les études sur les risques cardiovasculaires des gens en surtravail prouvent qu’il y peut y avoir des AVC chez des gens qui ont une diététique parfaite, n’ont pas particulièrement de contrariétés mais qui travaillent trop et surtout ne dorment pas assez.

Vous parlez de troubles du sommeil de plus en plus important…

Prenons le cas d’un directeur de maison de retraite. Il travaille depuis 10 ans entre 60 et 80 heures par semaine, et doit gérer un projet de fusion de plusieurs établissements plus un projet de construction à 50 millions d’euros. Il n’a eu aucun appui complémentaire. Sa charge de travail a été augmentée considérablement. Il envoie des signaux au président de l’association, en disant qu’il n’y arrive plus. Pas de réaction de la hiérarchie. Il finit par faire un AVC. Trois semaines après, il reçoit une lettre de licenciement, à 59 ans.

Son rythme de travail aboutit à une perturbation du sommeil parce qu’il ne dort pas assez et parce qu’il travaille le soir après le dîner. Dès l’instant où il y a du travail sur smartphone ou PC juste avant d’aller se coucher, il y a une perturbation. En général, ceux qui sont en surmenage, s’endorment comme une masse, vont avoir un réveil précoce à 3-4 h du matin, et se mettent à travailler en pleine nuit. Donc, structurellement, ils dorment trois heures par nuit.

Vous constatez une nette détérioration du sommeil. Comment l'expliquer ?

Il y a une détérioration de la qualité et de la quantité de sommeil. Avec un phénomène très pernicieux : l’addiction numérique. Le soir après le dîner, les gens ne respectent pas quelque chose d’impératif pour le cerveau : une phase de ralentissement du cerveau pour le préparer à dormir et que la nuit s’orchestre bien. Il est prouvé qu’en continuant à travailler ou à jouer à des jeux vidéo ou être sur smartphone, et en allant se coucher brutalement parce qu’on est épuisé, on va avoir une nuit de mauvaise qualité. Il faudrait se déconnecter au minimum une heure avant d’aller se coucher.

Mais l’addiction numérique n’est plus uniquement professionnelle. Cela nous inquiète beaucoup car le phénomène ne fait que s’amplifier. Facebook n’a que douze ans. Donc l’ingénieur de 40 ans qui passe une à deux heures d’addiction numérique le soir, ne le fait pas depuis longtemps. Avec cette fatigue du cerveau, on a une augmentation des risques. 90 % des gens qui viennent nous voir ne savent pas qu’ils devraient déconnecter une à deux heures avant de se coucher.

Vous parlez d’erreurs cognitives ? De quoi s'agit-il ?

Au bout d’un moment, cette fatigue générale de l’organisme se porte sur le cerveau. Donc il peut y avoir une altération neuronale voire une destruction de certaines zones du cerveau. Beaucoup se plaignent de pertes de mémoire. Effectivement, la zone de la mémoire est une des premières touchées. D’autres zones subissent une baisse de puissance avec pour conséquences de mauvaises interprétations, de mauvaises décisions par exemple si un cadre commercial se trompe dans un calcul d’offre. Il y a aussi des cas d’irritabilité plus grande envers ses collègues. Ces erreurs cognitives peuvent être très dangereuses aussi bien pour les gens que pour les entreprises.

Que faut-il faire si on est dans cette situation ?

Mettre en place un deuxième cerveau c’est-à-dire prendre conscience qu’on est dans une phase temporaire de fragilités. Donc d’abord mettre des mots sur ce qui se passe. Concrètement on doit pouvoir compter sur quelqu’un dans l’entreprise, à qui expliquer un besoin d’aide.

Puis le ralentissement, soit total en se mettant en maladie, soit en réorganisant sa charge de travail.

Quelles sont les priorités ?

Le suivi médical : la proximité avec un médecin de famille à qui on peut tout confier. Que ce ne soit pas un médecin qui réponde "tu n’as qu’à prendre des vacances". Il faut que les médecins aient le réflexe de faire un test de sommeil, de vérifier la thyroïde… On a découvert un grand nombre de femmes avec des problèmes de thyroïde non détectés qui avaient des fluctuations fortes de leur humeur et donnaient lieu à des conflits avec leurs collègues. En fait, la personne interprétait mal les situations parce que son corps ne répondait pas bien. Corollaire : le sommeil. Il est prouvé que certains ont besoin de 7 h de sommeil quand d’autres ont besoin de 9. Il est évident que ceux qui ont besoin de 9 ne peuvent pas bien vivre s’ils sont à 7.

Une fois que le sommeil est rétabli, si les difficultés perdurent, il faut analyser l’environnement : est-ce qu’il y a un supérieur hiérarchique toxique ? Est-ce que je m’organise mal dans mon travail ?

Et dans tout cela, pouvoir en parler soit à un collègue, soit à un ami, soit un psychologue ou un coach pour être capable de vérifier et d’ausculter son environnement professionnel.

Que pensez-vous de la réponse des pouvoirs publics ?

La loi pour le droit à la déconnexion ne sert à rien. Elle permet simplement que des mails ne soient pas transmis au-delà d’une certaine heure et durant les week-ends. Ça n’empêche pas les gens d’avoir leurs mails en brouillon et tout leur historique dans leurs smartphones, d’accéder aux fichiers via les clouds. Même si on leur dit de ne pas travailler, les gens continuent de s’en servir à des fins personnelles.

Et le rapport de l’Assemblée nationale rendu la semaine dernière sur le burn-out ?

On ne rend pas service aux personnes en disant que leur problème est forcément une maladie professionnelle. Le travail des parlementaires est trop théorique. Ils sont dans une logique d’emploi permanent, comme dans la fonction publique. Ils ont oublié qu’un contrat de travail c’est le résultat d’une offre et d’une demande. Si un salarié n’est pas bien dans son travail, il a aussi la possibilité de dire qu’il va chercher ailleurs. Le rapport ignore totalement les causes extraprofessionnelles.

Ce qui compte c’est que les gens puissent rebondir et retrouver la santé. En disant que c’est professionnel, on les met dans une posture où c’est forcément la faute de l’environnement de travail. Ils ne vont pas penser qu’il faudrait peut-être aller voir le médecin généraliste et faire des tests du sommeil. Un quart des cas de burn-out qu’on a eu sont corrélés avec des troubles pathologiques du sommeil.


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