Le médium juif d'Hitler

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Le médium juif d'Hitler

Message par Admin le Ven 10 Mar - 21:40

On sait qu'Hitler avait un penchant pour l'ésotérisme et l'occulte. Hanussen, le mage d'Hitler comme on l'appelait, d'origine juive, est né curieusement la même année que le dictateur (1889).


Par Richard B. Spence

Le matin du 7 avril 1933, au sud de Berlin, des ouvriers firent par hasard une macabre découverte. Au bord de la route reliant la capitale allemande à la petite ville de Baruth gisait le cadavre d'un homme en tenue de soirée criblé de balles. Il avait été exécuté de deux balles dans la tête. Il était par ailleurs difficile d'en dire plus. Le cadavre était rongé par les vers et des animaux lui avaient dévoré une partie du visage, le rendant pratiquement non-identifiable. Une enquête menée par Hermann Albrecht de la police criminelle de Berlin détermina rapidement que le mort s'appelait Erik Jan Hanussen, personnage bien connu à Berlin comme astrologue et pour ses dons de voyance, qui avait été porté disparu deux semaines plus tôt.

Il importait maintenant de savoir qui avait tué Hanussen et pourquoi. Il semble que le mort avait beaucoup d'ennemis. Des rivaux dans le domaine de la médiumnité, d'anciens employés aigris, des partenaires rejetées, des maris trompés, des victimes de chantage et des membres de la pègre, tous ces gens avaient de bonnes raisons de le voir mort. Albrecht, conclut, sagement peut-être, que le médium "s'était fait avoir" par des gangsters de Berlin. Le dossier fut classé sans suite.


Comme le savait certainement Albrecht, les vrais assassins de Hanussen étaient des membres berlinois de la section nazie des Chemises Brunes (SA) [de l'allemand SturmAbteilung, sections d'assaut]. Ce qui est étrange, car jusqu'à son décès, Hanussen était clairement l'ami de nombreux nazis, sans parler du fait qu'il était membre du Parti et membre honoraire de la SA. Il connaissait personnellement Hitler et ses prédictions en faveur des nazis lui avaient valu les surnoms de "Prophète du troisième Reich", "Raspoutine nazi", "Nostradamus d'Hitler" ainsi que bien d'autres. Également étrange, Hanussen était juif.

L'histoire d'Hanussen est fascinante, improbable et déconcertante; elle a été disséquée dans diverses biographies, la plus notable peut-être étant celle de Mel Gordon (2001), "Erik Jan Hanussen : le clairvoyant juif d'Hitler" et "Séance nazie : l'étrange histoire du médium juif de l'entourage d'Hitler" de Arthur K. Magida (2011).

Cet article présentera un bref aperçu de la carrière de Hanussen, mais se concentrera sur quelques questions qui méritent un examen plus poussé. D'abord, trouvons-nous des indices sur les talents et le comportement de Hanussen dans son milieu ? Hanussen a-t-il été impliqué dans de l'espionnage ou avait-il un quelconque lien avec les services secrets ? Et enfin, quelle était la nature de sa relation avec le futur Führer ?

Qui était "Erik Jan Hanussen" ?

Hanussen ne s'appelait pas du tout Hanussen. Son vrai nom était Hershmann Chaim (plus tard Hermann) Steinschneider. Il est né à Vienne en 1889, fils de Siegfried Steinschneider, un acteur de vaudeville et commerçant ambulant. La naissance de Herschmann fut enregistrée à Prossnitz (aujourd'hui Prostejov en République Tchèque), ville de Moravie et foyer traditionnel des Steinschneider. La famille et le lieu racontent des choses intéressantes.

Il existait au 18ème siècle une communauté juive florissante à Prossnitz qui produisit un éventail impressionnant de rabbins et d'érudits talmudiques. Parmi eux il y avait le rabbin Daniel Prossnitz le Jeune et son fils Aaron Daniel Prossnitz qui adoptèrent le nom de Steinschneider. Ils étaient tous deux réputés avoir des pouvoirs "magiques et curatifs". Mel Gordon suppose que le nom Steinschneider, qui signifie "coupeur de pierre" ou "tailleur de pierre" dérivait de la pratique d'Aaron Daniel qui fabriquait des amulettes kabbalistiques en papier recopiées à partir de symboles gravés sur des blocs de pierre.

Mais tout n'était pas comme il le paraissait à Prossnitz. La communauté juive de la ville était le foyer de l'hérésie sabbatienne, une mystérieuse secte qui révérait un "Messie" du 17ème siècle, Sabattaï Tsevi. Les Sabbatiens non seulement considéraient Tsevi comme le Messie, mais ils suivaient aussi ses enseignements hérétiques qui prônaient la transgression délibérée de la Loi Juive et l'idée d'une "rédemption par le péché". Prossnitz était de plus infiltrée par la secte encore plus radicale et occultiste des Frankistes [du nom de Jacob Frank, qui se prétendait la réincarnation de Tsevi] dont les pratiques incluaient des rituels orgiaques. Selon l'opinion de Gershom Scholem, l'influence sabbatienne corrompit complètement la culture orthodoxe rabbinique de Prossnitz. Un célèbre prosélyte des croyances sabbatiennes, Judah Leib (Loebele) Prossnitz, déclarait pouvoir invoquer la Shekinah (divine présence), en se servant d'une combine qui lui permettait de faire apparaître dans la pénombre des lettres magiques sur sa poitrine.

Ce tour de magie ressemble fortement à ce qu'aurait pu tenter Hanussen deux siècles plus tard. Mais n'ayant jamais vécu à Prossnitz, comment aurait-il pu être influencé par cette culture sectaire ? Le rabbin Marvin Antelman suppose que les Steinschneider étaient une "famille sabbatienne" et il choisit Moritz Steinschneider, le grand-oncle d'Hanussen comme un parfait exemple. Hanussen apprit sans doute des choses sur Prossnitz avec son père. Il y fit une visite et étonna les habitants en réalisant un exorcisme sur une éleveuse de vaches. Qu'il en ait été conscient ou non, le comportement ultérieur d'Hanussen, venant de ses racines juives, de son rejet des mœurs sexuelles courantes, de son obsession du mysticisme et même de son association avec de virulents anti-sémites, s'est plus ou moins conformé au moule sabbatien-frankiste.

Le principal problème pour comprendre le Hanussen d'avant les années 20 est que presque tout ce qu'on connaît de lui provient d'une unique source, son autobiographie de 1930, Meine Lebenslinie ("Ma ligne de vie"). Dire que c'est une auto-glorification est un euphémisme, bien qu'elle semble assez juste concernant les dates et les lieux. L'auteur tourne autour du pot au sujet de ses origines ethniques, déclarant qu'il est né à Vienne (exact) et non au Danemark, en Sicile ou à Ternopol [Ukraine], ville à majorité juive au fin fond de l'ancien empire. Si on doit le croire, ses pouvoirs psychiques se sont manifestés dans le ventre maternel en suggérant fortement à ses parents de se marier.

Hermann "Harry" Steinschneider marcha dans les traces de son père et passa sa jeunesse à voyager en Europe centrale en accompagnant les cirques et les spectacles de variété où il côtoya des diseurs de bonne aventure, des hercules de foire, des hypnotiseurs, des magiciens et des guérisseurs. Il apprit beaucoup de leurs tours, en inventa lui-même et élabora un spectacle basé sur la lecture de pensée et l'hypnose. Il s'aventura aussi dans le journalisme. Dans les années précédant la première guerre mondiale, il travaillait pour un journal à scandales viennois, Der Blitz, dont la plupart des revenus consistait à faire chanter les clients pour que leurs noms n'apparaissent pas dans les pages du journal. Steinschneider allait appliquer cette leçon dans sa future carrière.

Harry servit pendant la guerre dans l'armée austro-hongroise où ses évidents talents de lecture de pensée et de divination le préservèrent des tranchées et lui assurèrent un travail peinard à l'arrière. Il organisa même une séance ou deux. Que ce soit une preuve de réelles capacités extra-sensorielles ou juste une astucieuse supercherie, comme toujours, la question reste posée.

Steinschneider se servit de plusieurs faux noms, comme entre autres Siegfried Krakauer et Saul Absolom Herschwitter, qui laissent encore entendre fortement une ascendance sémite. Aux environs de 1919, il choisit définitivement celui de Erik Jan Hanussen, se faisant passer pour un danois de noble extraction dont les pouvoirs télépathiques l'avaient conduit à devenir un homme de spectacle, un enquêteur psychique et à étudier l'occultisme. Il n'avait bien entendu rien de danois et personne ne semble l'avoir pris vraiment au sérieux, lui encore moins que les autres. Lors d'une visite à Prague en 1919, il se vanta ouvertement de son héritage "tchèque-juif". Hanussen était à l'aise en toutes circonstances.

Dans la Vienne de l'après-guerre, il acquit sur scène une notoriété de voyant et d'hypnotiseur. Il tenta même sa chance au cinéma en tournant un film à petit budget, "Hypnose" dans lequel il jouait le rôle d'un détective clairvoyant déjouant les plans d'un swami malhonnête. Il gagna plus d'attention et d'argent en jouant les détectives médiums dans la vie réelle. Son cas le plus fameux impliquait des vols mystérieux dans l'imprimerie d'une banque autrichienne. Des billets récemment imprimés avaient disparu et les autorités étaient incapables d'expliquer comment. Hanussen résolut le cas en déduisant simplement que les fautifs faisaient partie de la banque. Il désigna correctement les coupables ce qui conduisit à la récupération de la plupart des billets dérobés.

Ses exploits de détective lui valurent pourtant l'hostilité de la direction de la police viennoise qui le soupçonna, non sans raison, soit de mettre en scène les crimes qu'il prétendait résoudre ou d'avoir connaissance d'informations confidentielles. Mais Hanussen se découvrit au moins un défenseur au sein de la police. Le Dr Léopold Thoma était psychanalyste, chercheur en paranormal et chef du service de psychologie de la police viennoise. En 1921 il créa son propre institut pour les recherches criminelles par télépathie. Les chemins de Thoma et d'Hanussen allaient se croiser de nouveau quelques années plus tard.

Quand les autorités viennoises sévirent en interdisant une démonstration d'hypnose, Hanussen partit se mettre au vert. Avec Hans Hauser, le magnat autrichien du tabac, Hanussen se mit à vendre des équipements de surplus militaire aux Grecs engagés à l'époque dans une guerre acharnée contre la République de Turquie naissante. L'affaire sentait à plein nez l'embrouille, même si le boulot supposé d'Hanussen était de tirer parti de son pouvoir hypnotique pour faciliter les négociations.

On peut retenir que dans le commerce du tabac balkan, Hauser a très probablement eu affaire à la Tobacco Company Ltd, une firme britannique qui "fournissait une couverture en Europe pour les agents du MI6 et les ex-employés des services secrets." Par ailleurs, les britanniques soutenaient les Grecs tandis que les Français, les Italiens et les Soviétiques fournissaient tranquillement des armes aux Turcs. Hanussen se souvenait d'un compagnon avec qui ils se virent refuser un atterrissage sur l'île italienne de Rhodes sous contrôle, soupçonnés d'être des espions grecs. Ses vagabondages ultérieurs au Levant et en Afrique du nord ajoutèrent beaucoup à sa connaissance du mysticisme oriental mais lui donnèrent aussi d'amples opportunités pour l'espionnage. Il prétendait avoir aidé la police égyptienne à combattre un réseau de trafiquants de hashish, bien qu'on puisse se demander si Hanussen n'était pas lui-même le trafiquant.

En 1924, Hanussen traversa l'Atlantique pour une tournée américaine mais tomba sur une audience largement réfractaire à ses numéros. En Europe, malgré tout, spécialement en Allemagne, Hanussen attira les foules et en 1928, il se présenta comme le "sorcier du siècle" et rallongea son répertoire en y ajoutant la chiromancie, la graphologie et l'astrologie. Son gagne-pain restait cependant ses pouvoirs psychiques. Habituellement, les membres de l'audience donnaient leurs questions écrites à un assistant et l'étonnant Hanussen devinait question et réponse grâce à ses pouvoirs mentaux – agrémentés d'un code secret entre son assistant et lui. Il poursuivit son rôle de consultant dans les affaires criminelles, dont celle du "Vampire de Düsseldorf", un meurtrier en série qui terrorisa la ville en 1929 et 1930. Il offrait aussi des lectures privées à de riches clients et devint prétendument le "conseiller de la royauté européenne".

La gloire lui attira pourtant des adversaires. En 1928, le procureur d'une ville de Tchécoslovaquie accusa Hanussen de fraude et de vol qualifié, axant son dossier sur le fait que la clairvoyance n'existe pas. Lors d'un long procès public, Hanussen fut acquitté en démontrant avec succès ses "pouvoirs" au juge ou en les simulant si bien que personne ne put le prendre sur le fait.

Berlin et la montée au pouvoir d'Hanussen

En 1930, Hanussen planta plus ou moins en permanence sa tente à Berlin où il devint une célébrité de premier plan et le symbole de l'hédonisme décadent de la République de Weimar agonisante. Sa capacité à s'attirer une telle reconnaissance est d'autant plus remarquable étant donnée la compétition qui y régnait. La capitale allemande abritait des milliers de voyants, hypnotiseurs, guérisseurs et mystiques de toutes sortes. Ses extravagantes représentations à La Scala et autres théâtres attiraient des gens comme Marlène Dietrich, Sigmund Freud, Peter Lorre, Fritz Lang – et aussi Hermann Goering. Hanussen s'acheta des voitures de luxe, un yacht et un avion, ainsi qu'une petite maison d'édition de livres, magazines et journaux qui faisaient infatigablement sa promotion personnelle et celle de ses produits et de ses prédictions.

Il accrut sa richesse grâce au chantage (souvenir de sa collaboration au Blitz) et au trafic d'influence. Surnommé par Mel Gordon le "maitre d'école du sexe", Hanussen organisait, et filmait en secret, des séances privées qu'hommes politiques, aristocrates, stars de cinéma et d'industriels fréquentèrent assidument. Ces séances répondaient à toutes les orientations sexuelles et certains invités se retrouvaient dans de compromettantes situations où ils étaient amenés à payer pour qu'elles restent secrètes. Il alla jusqu'à accorder des prêts privés à des "amis spéciaux", dont certains étaient des nazis connus comme Wolf Heinrich, comte d'Helldorf, un libertin, joueur invétéré et connaisseur réputé de magie noire qui dirigeait l'organisation des SA à Berlin.
Capacités occultes ou non, Hanussen était un individu intelligent, sans scrupules et vénal qui gagna la confiance de gens importants en Allemagne et ailleurs. Il avait le chic, pour obtenir d'une manière ou d'une autre des informations secrètes. Sa popularité en tant qu'informateur s'accrut quand il put approcher Hitler. Tout cela fit du faux danois un atout que toutes les agences du Renseignement s'empressèrent d'exploiter.

Chose intéressante, un autre occultiste avait élu domicile à Berlin en 1930-32, le tristement célèbre Aleister Crowley. Crowley était depuis longtemps en lien avec le Renseignement britannique et une partie de son but en Allemagne était d'observer et de faire des rapports sur certaines personnes. Étant donnée la notoriété d'Hanussen et son savoir-faire en matière d'hypnose et de sexualité tantrique, il était impossible que Crowley l'ignore. Étrangement, on ne trouve aucune mention d'Hanussen ou de quelque chose se rapportant à lui dans le journal que tenait Crowley à l'époque.

Cependant ils étaient reliés indirectement. En 1930, le Dr Léopold Thoma, mentionné plus haut, avait surgi de nouveau dans la vie d'Hanussen et il devint l'un de ses plus proches collaborateurs. Thoma était en bons termes avec un confrère autrichien psychanalyste, Alfred Adler, un homme que Crowley prétendait connaître personnellement et avec qui il travaillait à Berlin. De plus, Thoma devint ami avec le Dr Alexander Cannon, un autre psychiatre, chercheur en paranormal et ami de Crowley qui croisa la route d'Hanussen. Cannon, surnommé parfois le "Yogi du Yorkshire" ou le "leader de la magie noire en Angleterre" sera plus tard accusé d'espionnage et de sympathie avec les nazis. Et enfin le dernier mais non le moindre, le faux danois était le confident de Hanns Heinz Evers, un écrivain et occultiste allemand qui était à l'époque un fervent nazi ayant accès à Hitler et un ancien associé de Crowley. Ce dernier avait ainsi plusieurs filières grâce auxquelles il pouvait glaner des informations sur Hanussen ou venant de lui.

La connexion Crowley-Hanussen est peut-être à la base d'une assertion de René Guénon suggérant que la "Bête" [Crowley] avait infiltré le cercle d'Hitler et se faisait le "conseiller secret" du chef nazi. Il n'y a pas d'indication que Crowley ait approché de près ou de loin le futur Führer, mais Hanussen l'a certainement fait.
Il existe aussi la possibilité que Thoma travaillait pour le renseignement autrichien. La police de Vienne, avec laquelle il restait en contact, était impliquée dans une activité de renseignement et de contre-renseignement. Découvrir ce que l'enfant du pays, Adolf Hitler, avait en tête aurait été une priorité majeure. Hanussen, de nouveau a pu être une source valable d'information.

En 1933, Pierre Mariel [né en 1900, de son vrai nom Pierre-Maurice Marie, franc-maçon, écrivain spécialisé dans l'occultisme], un écrivain en lien avec les services secrets français, a rédigé (sous le nom de Teddy Legrand) un curieux livre, Les sept têtes du dragon vert. Où l'on révélait les machinations d'une conspiration internationale qui, entre autres choses, était derrière la montée d'Hitler au pouvoir. Hanussen y apparaît à peine masqué comme "L'homme aux gants verts", un agent de la conspiration. Des années plus tard, dans un livre sur l'occultisme nazi, Mariel, sous le nom de "Werner Gerson", prétendit que "Hanussen était un espion travaillant pour la Grande-Bretagne" en se basant sur la supposée confession de l'ex-agent britannique John Goldsmith.

Hanussen et Hitler

Quand exactement et comment Hanussen rencontra Hitler prête à discussion. L'écrivain Juri Lina affirme sans preuve que leur association débuta en 1920. Gordon soutient que les deux se sont rencontrés, par l'entremise de Helldorf, fin juin ou début juillet 1932. Palacios pense que l'intermédiaire a pu être Ewers et que la rencontre eut lieu vers la fin de 1932, pendant que Magida se demande s'ils se sont vraiment rencontrés. En 1943, Walter Langer compila un "profil psychologique" d'Hitler pour l'OSS américain. L'une de ses sources était le dissident nazi Otto Strasser, lui-même ancien admirateur d'Hanussen, qui rapporta que "au début des années 20 Hitler prit régulièrement des leçons d'élocution et de psychologie des masses avec un homme nommé Hamissen (sic) qui était aussi astrologue et diseur de bonne aventure". Dans ses propres écrits, Strasser place simplement la rencontre dans la "période d'après-guerre" et décrit Hanussen comme un "super-clairvoyant" qui agissait en tant que médium d'Hitler. Un journaliste américain, Quincy Howe, identifie 1930 comme l'année au cours de laquelle Hitler "consultait constamment un hypnotiseur juif qui avait changé son nom de Steinschneider en Hanussen".

En 1932, ce qu'Adolf demanda au médium n'était plus des leçons d'élocution mais des aperçus de l'avenir. Dès le début de l'année 1930, Hanussen avait prophétisé que l'Allemagne allait recevoir un dictateur de tendance radical-socialiste, même si ses publications faisaient la satire des hommes politiques, Hitler compris. Cela changea au début de 1932. Hitler se présenta aux élections présidentielles contre le candidat sortant Paul von Hindenburg. Hanussen prédit la victoire d'Hindenburg (ce qui eut lieu) mais qu'Hitler deviendrait chancelier d'ici un an. Dès ce moment-là, Hanussen et ses publications prirent résolument position pour le nazisme.

Un événement qui a pu attirer l'attention d'Hitler, comme ce fut le cas pour d'autres, n'avait cependant rien à voir avec la politique. En mai 1932, des coureurs automobiles se rassemblèrent à Berlin pour le Grand Prix. L'un d'eux était un jeune noble tchèque, Georg Christian von Lobkowicz. Quelques jours avant la course, Hanussen avait prédit que Lobkiwicz aurait un accident. Après quelques minutes de course, sa Mercedes fut percutée, tuant le jeune homme sur le coup. Une enquête montra que la tragédie résultait d'une panne mécanique bizarre. Même les sceptiques les plus acharnés d'Hanussen furent bien en peine d'expliquer comment il avait pu trafiquer le véhicule. Ses ennemis ne se privèrent pas de suggérer que le médium était de connivence dans le sabotage de la voiture de Lobkowicz, de mèche avec des parieurs. Le jeune tchèque avait aussi fait des avances à une femme qu'Hanussen désirait, la jalousie était donc un mobile possible. Pour la plupart des gens, l'accident était une vraie preuve des dons de voyance du danois. Arthur Magida se demande si grâce à des années de discipline mentale, Hanussen n'aurait pas vraiment développé des pouvoirs psychiques.

Une rencontre avec Hitler suivit peu après et Hanussen assura un Adolf angoissé qu'il n'avait pas à s'inquiéter pour les élections à venir. Sans surprise, les nazis enregistrèrent un immense succès au scrutin de juillet, doublant leurs sièges pour devenir le plus grand parti du Reichstag. Le jour de l'An 1933, Hanussa distribua un horoscope et déclara qu'Hitler serait chancelier avant la fin du mois. C'est ce qui se passa [élections du 30 janvier].

Le Palais de l'Occulte et l'incendie du Reichstag

Hanussen semblait au sommet de son pouvoir. Il n'était pas associé aux nazis, il en était un. Même son fidèle secrétaire, Ismet Dzino, appartenait au parti et à la SA. En plus d'être le devin favori du nouveau régime, il était sur le point d'ouvrir son opulent Palais de l'Occulte. L'élite de la capitale réclamait à cor et à cris des invitations. Mais les ennuis couvaient. Son parti pris pour les nazis valurent à Hanussen l'hostilité de la presse communiste qui avait publié des preuves de son ascendance juive. Hanussen fit de son mieux pour noyer le poisson et certains de ses copains nazis, tel Helldorf, firent preuve de loyauté envers lui jusqu'à la fin.

Le Palais de l'Occulte ouvrit ses portes le soir du 26 février. Lors d'une séance semi-privée, l'une des médiums d'Hanussen, l'ancienne actrice Maria Paudler, eut une vision fatidique. En transe, elle déclara voir un "grand bâtiment" en feu. La presse attribua la prédiction à Hanussen lui-même. Moins de 24 heures plus tard, le Reichstag était en flammes. Les nazis mirent l'incendie sur le compte d'un complot communiste et prirent des mesures extraordinaires qui donnèrent à Hitler un contrôle dictatorial. La police de Berlin arrêta Marinus van der Lubbe, un hollandais au passé d'incendiaire en lien avec les communistes. On suppose classiquement que les nazis étaient derrière l'incendie et qu'ils se servirent de van der Lubbe comme bouc émissaire. Kugel suggère qu'Hanussen avait manipulé le hollandais par hypnose. Gerson et Mariel suggèrent une autre possibilité : le médium aurait été l'instigateur de l'incendie sur ordre de quelqu'un voulant discréditer Hitler. Si c'est bien le cas, le complot échoua lamentablement.

À la mi-mars, la plupart des amis nazis d'Hanussen, dont Helldorf, se retrouvèrent congédiés ou réaffectés ailleurs. Le 24 mars, deux membres de la SA traînèrent le médium au quartier général de la Gestapo pour l'interroger. Ils le relâchèrent, mais le soir suivant trois hommes s'emparèrent de lui dans la rue et on ne le revit jamais vivant. La supposition la plus simple est que les nazis ont assassiné Hanussen parce qu'ils avaient découvert qu'il était juif, mais cela n'a vraiment aucun sens. Les preuves de ses origines hébraïques étaient disponibles depuis des mois et ses camarades du parti ne l'avaient pas rejeté. Il n'avaient aucune raison convaincante d'agir ainsi. Une autre théorie est que Helldorf et d'autres l'auraient tué pour échapper à leurs dettes mais elle ignore le fait qu'ils allaient tuer la poule aux œufs d'or. Rien n'indique qu'Hanussen ait tenté quoi que ce soit pour récupérer ses dettes ou qu'il ne voulait plus faire de prêts.

La disparition d'Hanussen est presque certainement en lien avec l'incendie du Reichstag, mais il pourrait y avoir plus. La plupart des contacts nazis d'Hanussen étaient liés à la SA et la plupart d'entre eux à Ernst Röhm, le seul rival sérieux d'Hitler encore en lice. Un peu plus d'un an plus tard, Hitler et les SS allaient assassiner Röhm et des douzaines d'autres leaders SA dans ce qu'on a appelé la Nuit des Longs Couteaux. Plusieurs, dont Röhm, étaient d'anciens associés d'Hanussen. Helldorf en réchappa, mais prit part à des intrigues contre Hitler et mourut dans une tentative ratée d'assassinat du Führer en 1944. En revanche, les trois hommes de la SA identifiés plus tard comme les meurtriers d'Hanussen survécurent tous pour trouver la mort dans la seconde guerre mondiale et l'un d'entre eux, Rudolf Steinle, fut élevé au grade d'officier de la Gestapo et Hanussen, le SS a donc pu être la première victime des intrigues entre nazis.

Dans un épilogue intéressant de l'histoire, on retrouve le secrétaire d'Hanussen, Ismet Dzino. Diversement décrit comme bosnien, turc ou libanais, il épousa une jeune femme anglaise, Grace Cameron, contre l'avis de son employeur. Hanussen le prévint que s'ils se mariaient, elle mourrait et que Dzino deviendrait un meurtrier et se suiciderait. La Gestapo arrêta immédiatement Dzino après la mort d'Hanussen, mais Grace, usant de ses contacts à l'ambassade britannique, obtint sa libération. Selon le rapport d'un journal suisse, ils apparurent plus tard à Londres où Dzino dit à des amis que la Gestapo en avait après lui parce qu'il possédait "d'importants documents concernant l'amitié de son patron avec certains leaders nazis". Les documents restèrent à Londres mais Dzino et sa femme allèrent résider à Vienne. Dzino ou sa femme avaient-ils des liens avec le Renseignement britannique ? Qui a pris en charge les documents ? Crowley ou Cannon ont-ils joué un rôle dans cette affaire ?

En Autriche, Dzino connaissait des moments difficiles et gagnait juste de quoi vivre en tant que croupier. Il devint un mari jaloux et Grace le quitta. En septembre 1937, il l'apostropha lors d'une entrevue et lui tira dessus ainsi que sur leur fils de quatre ans, puis retourna l'arme contre lui. La prédiction d'Hanussen s'était réalisée.

Il y eut l'inévitable rumeur que le cadavre n'était pas celui d'Hanussen, que l'arnaqueur évitait ses ennemis en changeant de forme et en disparaissant. C'est encore une possibilité, douteuse mais fascinante.
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