si on parlait du bilan carbone des délocalisations

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si on parlait du bilan carbone des délocalisations

Message par Admin le Dim 12 Mar - 17:31

Publié le 11/03/2017 à 19:38 Humanite.fr




Les délocalisations augmentent globalement le bilan carbone des produits que nous achetons. C’est ce qui va encore se produire avec le départ de Whirlpool en Pologne.Photo : AFP




Alors que la campagne électorale que mènent les principaux candidats en course pour l’élection présidentielle nous promet toujours plus d’austérité salariale et toujours moins de protection sociale, les Fillon et autres Macron sont muets sur les délocalisations de productions vers les pays à bas coûts de main d’œuvre. Une façon de masquer le bilan carbone désastreux de ce gaspillage de capital productif tandis que les bas salaires permettent aux entreprises d’engranger toujours plus de profits.




Selon la dernière note de conjoncture de l’INSEE, la production manufacturière a reculé en France de 1% en janvier 2017. L’institut indique que la production a augmenté dans les industries extractives, la production d’énergie, d’eau, de matériel de transport et le raffinage des carburants. Dit autrement l’activité augmente les secteurs les plus émetteurs de gaz à effet de serre alors qu’elle diminue de 1,8% à 2,8% dans des secteurs comme le textile et la chimie. La baisse est de 1,1% dans l’industrie agroalimentaire. L’Institut ne cherche pas à mesurer l’impact des délocalisations de productions dans les pays à bas coûts de main d’œuvre dans cette évolution négative de la production en France et c’est bien dommage. Surtout que ces délocalisations augmentent globalement le bilan carbone des produits que nous achetons. C’est ce qui va encore se produire avec le départ de Whirlpool en Pologne.


Whirlpool sacrifie les salariés d’Amiens



L’usine Whirlpool d’Amiens qui fabrique des sèche-linge prévoit donc de fermer en juin 2018 et de mettre à la porte 286 salariés en CDI et autant d’intérimaires qui devront alors chercher du travail ailleurs. L’entreprise américaine a prévu de délocaliser sa production en Pologne où les salaires sont trois fois plus bas qu’en France. Comme ce pays est membre de l’Union européenne depuis 2004, il fait partie de la zone de libre échange intra-communautaire. Ses productions entrent légalement sans droits de douanes dans tous les pays de l’Union européenne, dont la France. Pour l’entreprise américaine qui a réalisé 900 millions de dollars de bénéfices en 2016, délocaliser en Pologne n’a rien d’une nécessité vitale. Mais la délocalisation permet d’augmenter les profits de manière considérable. C’est pour cela que Whirlpool sacrifie les salariés d’Amiens.


Fillon, Macron, Le Pen occultent les enjeux climatiques



Il est un autre sujet qui mérite d’être analysé dans le cadre de cette délocalisation. Nous sommes en France dans le cadre d’une campagne électorale à l’issue de laquelle les Français éliront leur président de la République et leurs députés pour cinq ans. Ces élections se déroulent moins de deux ans après la conférence de Paris sur le climat. Le texte adopté lors de cette Cop 21 invite les pays du monde entier à diviser leurs émissions globales de gaz à effet de serre (GES) par quatre d’ici 2050 afin de contenir le réchauffement climatique dans une limite de + 2°C par rapport à la période préindustrielle de la fin du XIXème siècle. De Fillon à Macron, en passant par Marine Le Pen, les candidats qui semblent avoir les plus grandes chances d’accéder au second tour de l’élection présidentielle occultent les enjeux climatiques.


Couler une tonne de béton c’est émettre 900 kg de CO2


Pourtant, les délocalisations industrielles dans les pays à bas coûts de main d’œuvre augmentent considérablement le bilan carbone des biens produits et le cas de la Pologne pour Whirlpool est à cet égard très révélateur. Avant d’y transférer les machines qui tournent aujourd’hui à Amiens il faut construire en Pologne des locaux pour les accueillir. Or couler une tonne de béton c’est émettre 900 kilos de CO2. Il faudra ensuite déménager les machines, les transporter en camions et les réinstaller en Pologne. Pour cette nouvelle usine on aura aussi soustrait des hectares de terre à la production agricole. Quand l’usine polonaise commencera à produire ce qui se faisait à Amiens précédemment, elle consommera surtout de l’électricité provenant des centrales à charbon. Il faut savoir en effet que dans l’Union européenne on émet en moyenne 300 grammes de CO2 pour 1kwh de d’électricité consommée.

Mais la Pologne est nettement au dessus de cette moyenne alors que la France n’émet que 15 grammes de CO2 pour une unité de consommation électrique grâce à la combinaison de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables. En sortie d’usine, le bilan carbone des sèche-linge produits en Pologne sera désastreux par rapport à ceux fabriqués dans l’usine d’Amiens.

Le journaliste Didier Arnaud indique dans Libérationdu 9 mars que 28% des sèche-linge produits en Pologne seront vendus en France après un transport en camion sur une distance moyenne de 1.500 kilomètres. Voilà qui augmentera encore le bilan carbone de cette production délocalisée. A ce propos, certains économistes, comme Jean Tirole, font mine de croire qu’il est possible de résoudre ce problème en soumettant les usines à une taxe carbone de 50€ pour une tonne de CO2. Cette taxe, dont le prix fluctue en fonction de l’offre et de la demande, existe dans l’Union européenne depuis 2005. Sans la moindre efficacité. Même si elle était relativement élevée, quand à travail égal le salaire est trois à quatre fois plus bas en Pologne qu’en France l’entreprise qui délocalise en polluant davantage augmente ses profits.


Interpellons les candidats



Le journaliste que je suis depuis 33 ans a été ouvrier d’usine de 1965 à 1983 dans les pneus Kléber, filiale de Michelin. J’ai connu moi aussi une fermeture d’usine en banlieue parisienne avec une production délocalisée en province où les salaires étaient plus bas de 35% en moyenne. En 2009, la production de pneus transférée de Colombes à Toul en 1983 a été transférée en Serbie où les salaires étaient trois fois moins élevés qu’en Lorraine. L’usine de Toul a fermé 26 ans après celle de Colombes et le bilan carbone des pneus produits en Serbie a augmenté lui aussi par rapport à ce qu’il était à Toul. Je reviens sur ce que fut ce gaspillage industriel et humain dans mon prochain livre (1) consacré aux enjeux climatiques.


Il sera en librairie à partir du 23 mars. En Picardie, Continental a récemment fermé une usine pour délocaliser sa production de pneus en Roumanie et Goodyear a transféré la sienne en Pologne. Là encore on aura coulé beaucoup de béton, transféré des machines et détruit beaucoup d’autres pour produire des pneus à moindre coût mais avec un bilan carbone désastreux dans des pays dont la production électrique est obtenue en brulant du charbon. Cette situation a trop duré et il est grand temps d’interpeller les hommes et les femmes qui sollicitent nos suffrages sur ces enjeux climatiques qui en plus des enjeux économiques et sociaux fragilisent notre pays comme la planète toute entière.



(1) Devant l’urgence climatique, bousculons les politiques, de Gérard Le Puill, éditions du Croquant, 16€
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