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Comment surmonter la perte d'un enfant au sein du couple?

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Comment surmonter la perte d'un enfant au sein du couple?

Message par Admin le Lun 13 Avr - 21:14

Par Christophe Fauré publié le 23/03/2015 à 07:00, mis à jour à 10:08

Lorsque au sein d'une famille survient la mort d'un enfant, le couple formé par les parents entre en souffrance au point parfois de ne plus fonctionner. Décryptage de ce deuil particulier par le psychiatre Christophe Fauré.


Lorsqu'un enfant disparait, ses deux parents se retrouvent en deuil. Tout semble les rassembler et pourtant, chacun a des réactions différentes face à sa perte. Ces différences sont sources de tensions et de souffrances inutiles au sein du couple.
Des difficultés de communication

Il existe fondamentalement un décalage entre le père et la mère par le fait même qu'il s'agit de deux individus différents. En effet, chacun avait un lien spécifique et unique avec l'enfant disparu et il est donc normal qu'en dépit de la perte commune, les deux parents rencontrent, en eux, un vécu du deuil différent. De plus, le deuil évoluant par "oscillations" incessantes au fil du temps: 'je vais mieux, je vais mal, je vais mieux, je vais mal', il est prévisible que les deux parents ne seront presque jamais synchrones dans leur ressenti, au jour le jour: l'un peut aller bien, un jour, quand l'autre est au fond du trou.

Ces façons de réagir à la perte de l'enfant peuvent générer des difficultés de communication. Par exemple, la mère trouve son mari insensible et muré dans son silence, alors que le père a l'impression que son épouse ressasse sans cesse les mêmes choses. Il faut comprendre que cette incompréhension mutuelle dans la façon d'exprimer le vécu du deuil est notamment fondée sur une manière différente de gérer les émotions chez l'homme et chez la femme, sans pour autant en faire une règle.

En général, la femme, en effet, a plus tendance que l'homme à nommer ce qu'elle ressent, mais sans avoir nécessairement besoin de trouver des solutions: pour elle, le simple fait d'exprimer ce qu'elle ressent l'apaise; l'expression de l'émotion, ou du mal être, se suffit à elle même. C'est généralement -mais pas obligatoirement- différent pour l'homme: dès qu'on lui expose un problème, il se met aussitôt à la recherche d'une solution. Pour lui, le fait d'exprimer un ressenti n'est qu'une étape, cela doit déboucher sur un acte concret. De fait, dés que sa compagne lui fait part de sa détresse, il se sent, en quelque sorte, "obligé" d'apporter une solution à celle-ci. Malheureusement, ce n'est pas ce qu'elle lui demande ; la plupart du temps, elle attend simplement d'être écoutée. En fait, l'homme devrait comprendre que la "solution" qu'il recherche réside dans le fait même d'être attentif à sa partenaire, sans qu'il se sente obligé de faire quoi que ce soit.
Une souffrance en miroir

Il existe un mythe tenace dans les esprits: il affirme que la mort d'un enfant entraîne la séparation des parents dans deux cas sur trois! Ceci est totalement faux et aucune étude ne le confirme. En revanche, il est vrai que ce drame impose au couple un stress considérable et s'il y avait antérieurement au décès de l'enfant des conflits ou des problèmes de communication, ils ont malheureusement tendance à s'aggraver au cours du deuil. Cela peut finalement accélérer la dégradation de la relation et aboutir à une séparation.

Dans tous les cas, lors du décès d'un enfant, les parents se retrouvent en même temps confrontés à une énorme souffrance et chacun doit non seulement porter son deuil, mais aussi celui de son/sa partenaire. Il devient dès lors plus difficile de se tourner vers cette personne en laquelle on trouve habituellement du réconfort. Les souffrances sont en miroir l'une de l'autre et ce face-à-face est parfois pénible à supporter. La détresse de l'un peut exacerber la détresse de l'autre et les parents n'ont pas toujours la possibilité de s'accorder des "breaks" dans le vécu de leur deuil car ils se trouvent sans cesse happés par le deuil de leur partenaire. Il en résulte parfois un sentiment d'exaspération ou d'irritation.

Cependant, on voit parfois des relations très chancelantes se restaurer et se renforcer à la suite du décès de l'enfant. Chaque partenaire trouve en l'autre un soutien inattendu et l'épreuve qu'ils traversent ensemble leur fait comprendre l'importance du lien qui les unit.
Accepter les moments de solitude de l'autre...

Quand on perd quelqu'un qu'on aime, le processus de deuil amène chacun au coeur de lui/elle-même, dans un lieu intérieur où personne ne peut le/la rejoindre, même pas le partenaire. C'est ce qui fait que, parfois, on se sent si seul(e), alors même que l'on est entouré de gens qui nous aiment. Il n'y a rien d'anormal à cela: c'est dans ce lieu intérieur que se reconstruit la relation avec la personne que l'on a perdue.

Quand on prend conscience de ce lieu de solitude intérieure, on comprend que son partenaire s'y trouve également. On est ensemble mais pourtant on est seul, l'un avec l'autre. Le/la partenaire ne peut pas nous rejoindre dans notre lieu intérieur, tout comme nous même, nous ne pouvons pas le/la rejoindre dans le sien. C'est une réalité incontournable et il est vain d'espérer qu'il puisse en être autrement. L'essentiel est donc d'en avoir conscience. Cela va permettre d'accepter plus sereinement de se sentir seul(e), même en présence de son compagnon ou de sa compagne. Cela ne signifie, en aucune façon, que la relation va mal ou qu'on n'arrive plus à communiquer. Pour prendre une image: l'amour qui existe entre chaque partenaire, c'est comme un pont entre les deux rives de leurs solitudes respectives. Les deux rives du fleuve ne peuvent pas se rejoindre, mais ce pont d'amour est ce qui permet de rester en lien l'un avec l'autre.
... et se donner du temps à deux

Conscient de cette solitude incontournable au cours du deuil, la dernière chose à faire est de tenter de la fuir. Il faut apprendre à apprivoiser ce sentiment cela veut dire l'accueillir dans sa vie. Au cours du deuil, il n'est pas approprié de rester ensemble 24h/24. Chacun a besoin d'un espace individuel où son/sa partenaire n'existe pas. Ceci n'est pas antinomique avec la relation d'amour. Ce sont des moments où chacun peut répondre à ses besoins propres, sans se déranger l'un l'autre.

Tout comme il est important de se donner l'un l'autre des temps de solitude, il est également indispensable de se donner du temps ensemble. Pourquoi est-ce important? La perte de l'enfant va transformer chaque parent en profondeur. Ils vont tous les deux considérablement changer. Ce deuil va induire des modifications dans la dynamique du couple. Il est donc important que chacun s'ajuste l'un à l'autre très régulièrement, afin d'éviter qu'un trop grand décalage ne s'installe entre eux au fil du temps. La meilleure façon d'y parvenir est de prendre le temps de faire le point l'un avec l'autre et de se poser des questions comme: "Où en es-tu maintenant? Qu'est-ce qui est en train de changer en toi? Comment es-tu en train d'évoluer?"

Apprendre à restaurer l'intimité

Quand on parle de parents en deuil, il est incontournable de parler de la sexualité. En effet, il est fréquent que les relations sexuelles soient profondément perturbées au cours du deuil. Certains couples ont parfois besoin d'une ou deux années avant de pouvoir restaurer leur intimité. Mais il n'y a pas de règle établie car certains couples ont des rapports réguliers tout au long du processus.

Ceci dit, il existe de nombreuses raisons qui peuvent expliquer les difficultés sexuelles. La première est la perte de libido qui est liée à l'absence d'énergie du vécu dépressif. Un autre obstacle à la sexualité provient de la culpabilité d'un des partenaires à avoir du plaisir, alors que son enfant est mort. La sexualité est vécue comme immorale ou indécente et le fait de se priver de plaisir est ressenti comme une preuve de respect envers lui. La baisse de libido peut aussi être le reflet de tensions et de non-dits: il peut s'agir d'irritation face à la détresse de l'autre ou encore des reproches que l'on garde en soi.

Il est indispensable de franchir le pas si l'intimité ne se restaure pas au fil du temps et oser en parler à coeur ouvert. Il est essentiel de faire preuve de beaucoup de patience et de beaucoup de compréhension l'un envers l'autre. La sexualité ne se limite pas au seul rapport sexuel. La sexualité, c'est aussi le toucher, la tendresse, la sensualité. On oublie tellement vite de se toucher l'un l'autre quand on est dans la douleur du deuil! Conscient de cela, il ne faut pas hésiter pas à se rapprocher physiquement et exprimez ainsi son affection, même sans désir sexuel. Le simple fait de se serrer dans les bras ou de se blottir l'un contre l'autre donne un sentiment de réconfort et de sécurité. Cette tendresse et cette attention l'un à l'autre sont très souvent indispensables pour traverser ensemble cette épreuve de vie.

Le Dr Christophe Fauré est psychiatre - psychothérapeute en pratique libérale à Paris. Il est auteur de nombreux ouvrages chez Albin Michel, dont Vivre le deuil au jour le jour, Après le suicide d'un proche, et Comment t'aimer toi et tes enfants? Le défi de la famille recomposée.

http://www.lexpress.fr/styles/psycho/couple-comment-surmonter-la-mort-d-un-enfant-et-faire-son-deuil_1648529.html#xtor=CS3-5075
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Re: Comment surmonter la perte d'un enfant au sein du couple?

Message par Admin le Lun 13 Avr - 21:16

Comment surmonter le deuil d'un bébé?

Par Katrin Acou-Bouaziz publié le 05/12/2014 à 08:00, mis à jour à 08:22

La perte d'un bébé pendant la grossesse plonge les parents dans une détresse indicible. Comment traverser cette épreuve? Eléments de réponse avec Marie-José Soubieux, pédopsychiatre, psychanalyste et auteure du livre Le berceau vide.

Le deuil périnatal, un "deuil à part"

"La peine ressentie par les parents ne dépend pas du moment auquel se produit le décès de l'enfant", prévient Marie-José Soubieux, pédopsychiatre, psychanalyste et auteure du livre Le berceau vide. "On parle de deuil périnatal dès 22 semaines d'aménorrhée jusqu'à une semaine après l'accouchement, mais pour certains parents, la fausse couche tardive (après 14 semaines d'aménorrhée) peut déjà signifier le deuil d'un enfant. Tout dépend de la façon dont la grossesse a été investie".

La perte de l'enfant s'avère extrêmement violente pour les parents car "elle bouscule l'ordre des générations", poursuit la psychanalyste. "Elle place les adultes devant leur propre mortalité et les oblige à porter un regard nouveau sur la vie", constate la thérapeute qui anime des groupes de paroles de mamans sur le sujet à l'Institut de Puériculture et de Périnatalité de Paris. "C'est une double douleur: la perte de l'enfant signe aussi l'arrêt du processus de parentalité. Les parents qui perdent un bébé [appelés les "paranges", comprendre "parents d'un ange"] souffrent alors d'un manque de reconnaissance de leur statut et de leur deuil."

Vivre le deuil pour tenter de l'accepter

Il est alors extrêmement important que les parents confrontés au deuil périnatal puissent connaître tous les moyens dont ils disposent pour faire reconnaître leur situation. La maternité les informe généralement des dispositions qu'ils peuvent prendre en matière de funérailles. Celles-ci peuvent avoir lieu sous la responsabilité de l'hôpital ou de ses parents qui décideront une crémation ou une inhumation.

En premier lieu les parents ont la possibilité de reconnaître leur enfant et de l'inscrire sur le livret de famille dès 15 semaines d'aménorrhée depuis la circulaire du 19 juin 2009. Ils peuvent également lui donner un prénom. L'usage du nom de famille n'étant réservé qu'aux enfants nés vivants. Les parents bénéficient d'un délai illimité dans le temps pour prendre la décision de cette reconnaissance. "En effet, certains couples ne parviennent pas à faire un choix tout de suite ou ne ressentent le besoin d'une reconnaissance que plusieurs jours, semaines ou même années plus tard", précise Marie-José Soubieux. D'ailleurs, la circulaire autorise rétrospectivement la reconnaissance d'enfants morts nés jusqu'au 11 janvier 1993.

Un deuil dont il faut délimiter les contours

En dehors de ces questions, les parents se retrouvent devant d'autres considérations à première vue morbides, mais pour certains essentielles au processus de deuil. Veulent-ils connaître le sexe du bébé, le voir, le tenir dans leurs bras? L'habiller avec une tenue qu'ils ont choisie? Prendre des photos de lui? Certains établissements proposent même aux parents une empreinte du pied ou de la main de leur bébé en souvenir. "Je ne sais plus où je l'ai rangée mais je sais qu'elle est quelque part dans mes affaires", avoue émue Isabelle, 39 ans, qui a subi une IMG à quatre mois de grossesse.

Des stèles virtuelles permettent aussi de poster une photo. "Toutes ces tentatives de garder une trace, réaliser une perte, faire reconnaître une douleur sont très personnelles et ne peuvent pas être jugées. En revanche, elles doivent rester des options pour les parents qui en ressentent le besoin. Surtout pas des protocoles prédéfinis qu'il faudrait se forcer à suivre. Cela serait extrêmement violent pour les couples dont le cheminement diffère", analyse Marie-José Soubieux. Au contraire, la façon de vivre le deuil d'un bébé gagne à rester singulière. "Nous avons planté un arbre en son souvenir", explique pudiquement Annabelle, qui a du accoucher à 6 mois d'un bébé mort in utéro.

Des initiatives pour aider les parents à rendre concrète leur histoire se développent. C'est le cas du crématorium du Père Lachaise à Paris qui organise chaque trimestre "La cérémonie des touts petits" ou du cimetière de Thiais (94) et son "carré des anges" qui propose un "jardin du souvenir" où les parents peuvent déposer une fleur, une veilleuse, un doudou pour se recueillir. Il existe aussi une journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. L'association Une fleur une vie organise aussi une journée de sensibilisation.
Faire reconnaître la douleur pour ne plus la porter

"Trouver un moyen de faire reconnaître la douleur, mais aussi de transmettre la mémoire de l'être disparu, permet aux parents de ne plus porter le deuil", explique Marie-José Soubieux. Sans ce travail, les émotions restent emprisonnées, elles envahissent l'esprit et utilisent une grande partie de l'énergie des parents qui auront beaucoup de mal à réinvestir la vie paisiblement. "Le chagrin devient alors le seul lien avec le bébé, le moyen de ne pas le trahir. Ainsi, je vois beaucoup de mamans qui ne parviennent pas à se débarrasser des kilos de cette grossesse arrêtée comme si leurs formes traduisaient la preuve irréfutable de leur parcours et de leur blessure". Pour Marie-José Soubieux, il est alors urgent d'extérioriser la souffrance, de "l'élaborer". L'entourage, par pudeur, par peur de prononcer une mauvaise parole, ne sait pas toujours comment aborder la question. Le meilleur moyen d'éviter l'impression d'une indifférence reste donc de trouver une oreille experte en s'aidant des associations [comme l'Agapa ou L'Enfant sans nom], d'un thérapeute ou d'un groupe de paroles.

http://www.lexpress.fr/styles/enfant/comment-vivre-le-deuil-perinatal_1622006.html
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