Eugene Bullard, un héros méconnu

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Eugene Bullard, un héros méconnu

Message par Admin le Lun 12 Fév - 21:55

Le saviez-vous ? Derrière beaucoup de coutumes, usages, traditions et expressions militaires se cachent bien souvent des anecdotes insolites, amusantes ou historiques. Alors pour étoffer votre culture générale et briller le matin devant vos collègues à la machine à café, plongez-vous dans notre rubrique du mercredi. Aujourd’hui, à l’occasion des commémorations du centenaire de l'escadrille La Fayette,la rédaction vous raconte l’histoire d’Eugene Bullard, premier pilote de chasse afro-américain ayant combattu au sein de l’escadrille.


Il est sans doute le plus Français des Américains. Né le 9 octobre 1895 en Géorgie (Etats-Unis), Eugene Bullard est le septième d’une fratrie de dix enfants. Son père, William O. Bullard, marié à Josephine Thomas, d’origine indienne (Creek), était le fils d’un esclave d’un planteur de coton.



Eugene Bullard, un héros méconnu

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Après la mort de sa mère et la tentative de lynchage de son père, Eugene quitte le foyer familial, avec l’intention de venir en France, pays où « l’homme est jugé par son mérite et non sur la couleur de sa peau ». En 1912, il parvient à embarquer sur un bateau allemand en partance pour l’Ecosse. En Grande-Bretagne, il enchaîne les petits boulots et travaillera notamment comme cible vivante pour les spectacles de Music Hall à Liverpool. En parallèle, il apprend à boxer et entame une série de combats, à Londres, puis en Afrique du Nord.

A l’occasion d’un combat contre Georges Foret, en 1913, il gagne enfin la France. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il s’engage dans la Légion étrangère, au sein de laquelle il prend part aux combats d’Artois, de Champagne et de Verdun. Blessé à deux reprises en 1916, il se voit remettre la Croix de guerre pour bravoure. Mais il est dans le même temps déclaré inapte à servir dans l’infanterie. Il décide alors d’apprendre à piloter.

Après sa formation, il est affecté à l’escadrille La Fayette, une unité sous commandement français, composée de volontaires américains qui n’ont pas attendu l’entrée en guerre de leur pays d’origine pour se battre contre l’armée allemande. Dès lors, le premier pilote de chasse de couleur noire de l’histoire accomplit, avec son escadrille, une vingtaine de missions à bord de son avion dont le fuselage est orné de la devise « All blood runs red » (Tout sang coule rouge), et avec lequel, il abat deux avions ennemis. Une victoire qui lui vaudra le surnom « d’Hirondelle noire de la mort ». En août1917, lors de l'entrée en guerre des États-Unis, l'United States Army Air Service recrute les Américains servant dans le Lafayette Flying Corps mais Bullard est refusé à cause de sa couleur de peau.

Démobilisé le 24 octobre 1919, il reprend la boxe et joue du jazz à Paris. Plus tard, il ouvrira son propre établissement L’Escadrille et dirigera une salle de boxe. En 1939, maîtrisant la langue de Goethe, il accepte de collaborer avec les services d’espionnage français pour surveiller les agents allemands qui fréquentent son club parisien. Un an plus tard, et alors que les troupes nazies prennent l’avantage sur les forces françaises, il fuit Paris avec ses deux filles pour gagner Orléans. Là, il se joint à un groupe de soldats décidés à défendre la ville. Mais au cours des combats, il est touché par un éclat d’obus à la colonne vertébrale.

Il est finalement évacué vers les États-Unis, où il est hospitalisé mais il ne se remettra pas complètement de sa blessure. Pour survivre, il exerce plusieurs métiers, dont celui de vendeur de parfums, agent de sécurité et même musicien de Louis Armstrong. En 1959, alors qu’il est opérateur d’ascenseur au Rockefeller Center, Bullard est décoré de la Légion d’honneur par le consul français à New York. Pourtant, c’est dans la pauvreté, la solitude et l’anonymat qu’il décède, le 12 octobre 1961, des suites d’une longue maladie. Il est alors inhumé au cimetière de Flushing, dans le Queen, avec son uniforme de légionnaire. Les honneurs militaires lui seront rendus par des officiers français. Il faudra attendre 1994 pour que ses mérites soient enfin reconnus par sa patrie d’origine : le 23 août de cette même année, il est promu, à titre posthume, au grade de sous-lieutenant.
Outre la Légion d’honneur, Eugene Bullard était également titulaire de la Médaille militaire ainsi que d’une dizaine d’autres décorations.
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