Les "ageekculteurs" : écolos grâce à la technologie

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Les "ageekculteurs" : écolos grâce à la technologie

Message par Admin le Mar 6 Mar - 22:09


Par Alice Pouyat I Publié le 23 Février 2018


Drones, lunettes connectées, robots désherbeurs, colliers électroniques… Les nouvelles technologies promettent de faciliter la vie des agriculteurs de demain, d'augmenter leur productivité et de limiter l’impact environnemental de l’agriculture intensive. Ce qui n’est pas sans poser des questions sociales et financières.


8 heures du matin, Saint-Hilaire-en-Woëvre, près de Verdun. Les champs et villages lorrains se dessinent dans la brume glacée de décembre. Pascal Kardacz y élève 30 vaches et taurillons, mais il peut rester encore un peu au chaud. A priori pas d’urgence. « Le prochain vêlage est prévu dans 48 heures », indique-t-il en montrant un SMS envoyé par les colliers électroniques qui mesurent en continu les températures de ses vaches.

Quand la mise bas commence, l’expulsion d’une sonde vaginale connectée, une sorte de grosse ventouse, déclenche une autre alerte. Toujours à distance, via son téléphone, Pascal peut diriger la caméra de surveillance de l’étable et zoomer sur l’animal avec une netteté cinématographique.
« L’idée est de veiller sur les bêtes sans avoir à sortir du lit à 3 heures du matin, et d’alléger un peu le travail des éleveurs », poursuit Pascal.
Son exploitation teste et développe d’autres innovations plus futuristes : des lunettes pour détecter des maladies sur des cultures, des herbomètres qui mesurent la pousse du pâturage, des robots désherbeurs qui s’activent à distance…


Bienvenue dans l’une des huit Digifermes créées par Arvalis, un institut de recherche agronomique financé par des agriculteurs de tout le pays. Ici, comme dans d’autres fermes expérimentales, notamment la « ferme d’agro-écologie 3.0 » de la chambre d’agriculture de la Somme, les dernières innovations sont testées sur le terrain.

Objectifs affichés de cette agriculture numérique : « Simplifier la vie des agriculteurs, améliorer leurs rendements, et mieux protéger l’environnement », résume Pascal. Bref, développer une agriculture de précision qui commence à essaimer auprès d’agriculteurs de plus en plus connectés, mais qui n’est pas sans limites, ni sans soulever des questions …


« Produire mieux, plus propre »

Thierry Bailliet, 45 ans, est l’un de ces agriculteurs qui a contracté le virus du digital. « Je suis un vrai geek », lance-t-il depuis son exploitation de Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais). Pour ses cultures – 80 hectares de pommes de terre, de betteraves, de carottes et de blé –, Thierry utilise notamment l’application FarmStar.

Développée par Arvalis et Airbus Defence and Space, ce service propose un survol des parcelles agricoles par drones ou satellites et des cartographies agronomiques ultra précises, avec des évaluations de risques de maladies ou des conseils de fertilisation.

Ces cartes envoyées par internet ou sur clé USB peuvent même être synchronisées directement sur la console du tracteur.
« Cela nous permet d’adapter nos actions au mètre carré près, d’améliorer un peu les rendements et de réduire l’utilisation d’intrants qui coûtent cher », explique Thierry


Les drones sont utiles (et rentables) pour les grands céréaliers ou les cultivateurs de parcelles variées. (Crédit : Arvalis)

Qui n’est pas le seul à plébisciter le service : en 2016, 18 000 agriculteurs avaient utilisé FarmStar, sur 800 000 hectares. Un service surtout rentable pour de grands céréaliers ou des cultivateurs de parcelles très variées, comme Thierry. Les gains moyens sont de 45 euros par hectare sur blé.

Et les questions écologiques pèsent aussi. « Si, en plus, on peut utiliser moins de produits chimiques grâce aux nouvelles technologies, c’est encore mieux. J’ai des enfants, je ne suis pas insensible à l’environnement ! », ajoute Thierry, venu de l’agriculture conventionnelle, mais qui cherche, comme de plus en plus de ses collègues, à évoluer vers le bio.

D’où, aussi, les pluviomètres plantés dans ses champs, en cours de test. « Avec cet outil connecté, l’idée est de traiter mes cultures uniquement si je reçois une alerte qui m’annonce un risque de mildiou », un champignon qui adore l’humidité et peut ruiner toute une récolte.

Avec ces nouvelles technologies, Thierry espère aussi, à l’avenir, restaurer la confiance des consommateurs « qui veulent plus de transparence », leur permettre de comprendre « ce qu’ils mangent, d’où vient ce qu’ils mangent et comment leurs aliments ont été produits ».

Voilà ce qui a poussé Thierry à lancer une chaîne YouTube, « Thierry, agriculteur d’aujourd’hui ». Depuis cinq ans, il y poste des vidéos sur la réalité de son travail, en essayant de semer une image plus moderne du métier.
« J’ai commencé car mon fiston avait des soucis au collège : il se faisait traiter de “cul-terreux”…»


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Re: Les "ageekculteurs" : écolos grâce à la technologie

Message par Admin le Mar 6 Mar - 22:13


Prototypes. Du pluviomètre de précision aux herbomètres qui évaluent la pousse du pâturage, en attendant les lunettes qui détecteront les maladies des cultures... (Crédit : Arvalis)


Fracture numérique


« L’agriculture connectée va aider à produire mieux, à faire le bon geste au bon moment, à prendre la bonne décision, c’est un levier incontournable pour répondre aux crises du secteur, à la compétition internationale et aux risques liés aux changements climatiques », plaide Paolin Pascot. À 27 ans, ce diplômé d’HEC préside la Ferme Digitalehttp://www.lafermedigitale.fr/, un groupe de onze start-up françaises qui développent des outils numériques agricoles, applications, robots et objets connectés. Toutes ont été fondées par des fils et petits-fils d’agriculteurs.
 
Toutes ont saisi les besoins et le potentiel de ce marché : sa croissance devrait atteindre 12 % par an jusqu’en 2020, selon une étude MarketsandMarkets. Le site de commerce de produits agricoles fondé par Paolin Pascot, agriconomie.com, a réalisé 1 million d’euros de ventes la première année, 7 millions la deuxième, 20 millions la troisième…«

Nous sommes sur le premier tronçon d’une autoroute en construction », tempère Benjamin Lirochon, 36 ans. Agriculteur à Villeau, en Eure-et-Loir, lui fait partie d’une génération de grands exploitants, déjà très technophiles, qui surfe sur le net comme il laboure ses champs – 590 hectares, plantés de blé et des légumes destinés à l’industrie –, et qui aimerait même passer à la vitesse supérieure.
« Il y a encore peu de constructeurs, donc les prix de ces nouvelles technologies restent élevés », regrette-t-il.
Exemple, la balise RTK, qui permet d’autoguider son tracteur presque sans les mains – à 2 centimètres près, contre 5 mètres pour un GPS classique –, coûte près de 20 000 euros… Un luxe à la portée de grands céréaliers, et encore, souvent en partageant les frais avec les membres d’une coopérative, comme Benjamin.

De quoi aggraver la fracture numérique, qui est aussi question de régions : 12 % du territoire est encore privé de réseau, et seulement 56 % des parcelles reçoivent de la 3G. « Les opérateurs n’ont aucun intérêt à venir au-dessus de nos plaines, il n’y a pas d’habitations, grommelle Benjamin Lirochon. Même au village, on a du mal à naviguer. » La chambre d’agriculture d’Eure-et-Loir a décidé d’équiper le département d’antennes bas débit, mais d’autres territoires sont moins vernis.



Créer du lien


Cette génération « d’agrinautes » aura encore d’autres défis. D’une part, celui de la gestion et de la protection du big data agricole. « Les objets connectés vont permettre de collecter un grand nombre de données sur les exploitations, les cultures, les climats locaux… Un de nos chantiers est de les valoriser pour mettre en place des outils d’aide à la décision et des modèles de culture prédictifs », explique Pascaline Pierson, responsable de la Digiferme de Lorraine.
 
Des données qui aiguisent aussi des appétits commerciaux. « Il y a encore un grand vide juridique sur les droits de propriété de ces données agricoles… » Enfin cette nouvelle « intelligence agrificielle », pourrait faire disparaître encore plus d’emplois dans le secteur, avant peut-être d’en créer d’autres. « Je n’ai rien contre les robots qui accomplissent des tâches usantes à notre place, mais cela pose des questions de société », estime Maxime de Rostolan, l’un des apôtres de la permaculture et du biomimétisme, modèle qui vise l’équilibre des éléments humains et naturels, avec des porcs qui labourent à la place des machines.
 
Résultat, au sein de sa microferme expérimentale de La Bourdaisière,https://fermesdavenir.org/ferme-de-bourdaisiere/le-projet-la-boudaisiere/lieu-acteurs/dsc_5000 près de Tours, trois personnes sont employées sur un hectare et Maxime rêve de reproduire le modèle dans toute la France pour créer 200 000 emplois. Cet ingénieur de formation n’en est pas moins geek à sa façon.

Il est notamment le cofondateur de Blue Bees, un site de financement participatif qui a déjà collecté 2 millions d’euros pour soutenir une centaine de projets agricoles ou écologiques, notamment des exploitations en difficulté. Il est aussi proche de réseaux de circuits courts, comme La Ruche qui dit Oui !, plateforme internet qui met en relation consommateurs et producteurs pour leur offrir des revenus plus justes.
 
Le numérique développe donc de nouvelles connexions dans le monde agricole.  
« Pour moi, les nouvelles technologies ont surtout du sens si elles permettent de créer du lien et de partager de la richesse », poursuit le jeune ingénieur.
Produire davantage, plus propre ou plus solidaire, la révolution du numérique, comme d’autres révolutions technologiques, ouvre tous les champs du possible. Et Maxime de Rostolan de conclure : « son avenir dépendra de ce qu’on en fera »


Une parcelle, analysée et cartographiée en fonction de la nature des sols. Une agriculture de précision qui permet, entre autres, de limiter l'usage d'intrants.
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