Bretonnes d'influence. 2. Marie-Angélique Brûlon

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Bretonnes d'influence. 2. Marie-Angélique Brûlon

Message par Admin le Dim 11 Mar - 21:23

Publié le 11 mars 2018 à 10h00


Marie-Angélique Duchemin est la fille d’un soldat de métier originaire de la Manche, engagé en 1757 dans les armées des rois de France, Louis XV puis Louis XVI. Sa famille vit une vie de garnison, en fonction des affectations du brigadier Duchemin. Marie-Angélique est l’aînée de cinq enfants, elle voit le jour le 20 janvier 1772, place Croix des Cordeliers, à Dinan. Le registre de la paroisse de Saint-Malo révèle qu’elle a pour parrain un certain Jean Pion, fourrier au régiment du Limousin, auquel son père appartient également.


La famille déménage régulièrement, et ses frères et sœurs naissent à Longwy et Saint-Omer. Les enfants grandissent à l’ombre de la troupe, les garçons sont d’ailleurs incorporés dès leur plus jeune âge et inscrits sur les registres du régiment de leur père, comme enfant de troupe. De son côté, Marie-Angélique, en tant que fille, n’a pas le droit à ce « privilège ». Fille etfrères de militaires, c’est tout naturellement qu’elle épouse, à 17 ans, le caporal André Brûlon, lui aussi du régiment du Limousin, le 9 juillet 1789 à Ajaccio.



Les guerres de la Révolution

En Corse, la nouvelle armée révolutionnaire doit faire face à la révolte des indépendantistes, soutenue par les Anglais. Lors d’une escarmouche, le jeune caporal Brûlon est grièvement blessé, il meurt le 30 décembre 1791 à l’hôpital d’Ajaccio. Marie-Angélique, veuve à 19 ans, est déjà mère d’une petite fille et attend son deuxième enfant.

Elle ne veut pas quitter ce qu’elle a toujours connu et décide de rester, avec ses enfants, au sein du régiment de son mari, où elle reprend sa place : « Au grand étonnement de tout le monde, j’endossai l’uniforme, explique-t-elle dans ses mémoires. Tous les chefs, et entre autres le général Casabianca, me jugèrent comme une jeune femme qui perdait la raison et, par pitié, on me laissa faire. J’avais un frère qui à 18 ans était instructeur. Je l’occupais six heures par jour à me montrer l’exercice ; je passais le reste du temps sur mon livre de théorie... ».

Tolérée, Marie-Angélique fait rapidement office de caporal-fourrier, en charge de l’intendance, tout en se chargeant de l’éducation de ses enfants. Cela ne l’empêche pas de prendre part aux combats et de prouver sa bravoure à plusieurs reprises.

Naissance d’une héroïne

C’est le cas par exemple le 24 mai 1794, lors de la défense du fort de Gesco, où elle dirige la défense : « Elle s’est battue avec nous avec le courage d’une héroïne, témoignent les soldats après la bataille, les rebelles corses et les Anglais ayant chargé d’assaut, nous fûmes obligés de nous battre à l’arme blanche ; elle a reçu un coup de sabre au bras droit et, un moment après, un coup de stylet au bras gauche. Nous voyant manquer de munitions, à minuit, elle partit, quoique blessée, pour Calvi, […]elle fit lever et charger de munitions environ soixante femmes, qu’elle nous amena elle-même [...]ce qui nous mit à même de repousser l’ennemi et de conserver le fort... ».

Après ce coup d’éclat, la veuve Brûlon a le droit de prendre un nom de guerre : ce sera Liberté. Quelque temps après ce baptême du feu, elle sauve la vie d’un capitaine pris à partie par la foule. Elle participe aussi au siège de Calvi où elle est grièvement blessée par un éclat d’obus. Rapatriée en métropole, elle retrouve sa famille, sous les ordres du général Bonaparte. Malgré l’infirmité causée par sa blessure, elle poursuit son engagement, cette fois-ci dans l’intendance de l’armée d’Italie. Durant cette campagne, la mort lui ravit son père et ses deux frères.

Une reconnaissance tardive

Le 14 décembre 1798, âgée de 26 ans, son corps blessé, usé, la faisant atrocement souffrir, elle est acceptée à l’Hôtel des Invalides. Dès son arrivée, elle s’occupe du magasin d’habillement de l’institution militaire, qu’elle gérera jusqu’en 1836. Au milieu de tous ces vétérans, cette veuve d’une trentaine d’années détonne. L’unique femme soldat invalide est de toutes les cérémonies, et à chaque visite officielle, la délégation fait escale dans son petit deux-pièces du corridor Bellegarde pour la saluer. Mais la veuve Brûlon refuse de croiser Napoléon. En effet, ce dernier s'oppose à lui remettre la Légion d’honneur, malgré les sollicitations des gouverneurs successifs. De plus, Marie-Angélique tient l’empereur pour responsable de la mort de son mari.
Sous la restauration, elle reçoit l’épaulette d’officier, intégrant ainsi officiellement l’armée française. Louis XVIII la décore également du Lys, mais il faut attendre le 15 août 1851 pour qu’on lui accorde enfin la croix si longtemps refusée. Et c’est le futur Napoléon III qui vient en personne la lui remettre, faisant de la veuve Brûlon, âgée de 79 ans, la première femme à la recevoir.

Marie-Angélique Brûlon terminera sa vie aux Invalides, entourée de ses compagnons d’armes et vêtue de son uniforme, jusqu’à sa mort le 13 juillet 1859.


Pour en savoir plus

- « L’Hôtel des Invalides », d’Anne Muratori-Philip, éditions Complexe (1992). Musée de l’Armée, Hôtel des Invalides, Paris.
- « De la guerrière à la citoyenne, porter les armes pendant l’Ancien Régime et la Révolution française », de Dominique Godineau, revue Clio n° 20 (2004).


en complément

Une Jeanne d'Arc républicaine

Au XVIIIe siècle, il n’est pas rare de trouver des femmes dans les armées. Des cantinières, des prostituées et des femmes de soldats accompagnent la troupe en dépit des interdictions. Au cours des guerres révolutionnaires, certaines femmes comme Marie-Angélique Brûlon, n’hésitent pas à prendre les armes et à combattre.

Beaucoup servent dans le même bataillon qu’un membre de leur famille, pour des motivations républicaines et défendre le pays contre les attaques étrangères. Un décret de 1793 interdit leur présence dans l’armée et leur impose de rentrer chez elles.

Pourtant, il ne fut pas tout de suite appliqué et la plupart d'entre elles restèrent en service. Parmi ces quelque 80 femmes soldats recensées, seule Marie-Angélique Brûlon sera finalement intégrée à l’armée. Elle deviendra la première femme gradée officiellement reconnue.

Héroïne et pionnière


Dès son époque, la veuve Brûlon est qualifiée par certains de « Jeanne d’Arc républicaine ». Elle représente pour de nombreuses Françaises une héroïne et une pionnière. En effet, il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que les femmes soient de nouveau admises dans l’armée. En 1914, elles peuvent servir en tant qu’infirmières civiles dans les services de santé.

En 1938, la loi « Paul-Boncour » instaure un engagement féminin, mais les femmes sont en charge des tâches annexes (cantinières, infirmières…) et ne sont pas encore considérées comme faisant partie intégrante des forces armées. C’est finalement le second conflit mondial et leur engagement dans les Forces Françaises Libres qui poussent à la création d’un corps militaire féminin.

Elles sont encore souvent cantonnées aux tâches administratives et sanitaires, mais certaines prennent part aux combats, notamment en tant que pilotes. C’est seulement en 1972 que femmes et hommes peuvent s’engager sous le même statut…


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