Série Mai 68. 4/De Gaulle visite la Bretagne

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Série Mai 68. 4/De Gaulle visite la Bretagne

Message par Admin le Mer 23 Mai - 22:50

Publié le 20 mai 2018 à 10h00


Arrivée de Charles de Gaulle à la mairie de Quimper. Coll Archives municipales Quimper


Dessin satirique publié lors du voyage du général de Gaulle en Bretagne. Ici en costume breton, à la tête d’une procession religieuse, accompagné de Michel Debré, ministre des Affaires étrangères (à droite) et de sainte Anne. Coll Archives municipales Quimper


Quelques mois seulement après les événements de Mai 68, le président de la République vient présenter son référendum sur les questions de réforme du Sénat et la régionalisation. De Gaulle a choisi la Bretagne, où l’opinion lui est plutôt favorable. Le 2 février 1969, il prononce un discours à Quimper : ce sera son dernier en tant que chef de l’État.



Au milieu de l’agitation de Mai 68, et après que les leaders de la gauche se sont déclarés prêts à assumer le pouvoir, le Général de Gaulle « disparaît » pendant 24 heures avant de réunir son conseil des ministres le 30 mai, et de décider la dissolution de l’Assemblée nationale. Cette reprise en main se traduit par la victoire des gaullistes aux élections législatives de juin. Mais cela ne suffit pas au général, qui cherche à retrouver sa légitimité personnelle auprès du pays. « Le chef de l’État choisit donc la Bretagne, une région fidèle électoralement et à forte identité régionale, pour venir annoncer son référendum au cours d’un voyage de trois jours. Rien n’a été laissé au hasard dans ce déplacement de portée nationale : De Gaulle est accompagné de six ministres et de 200 journalistes. La presse annonce un discours à Quimper « aussi important que celui du 16 juin 1946 à Bayeux », explique l’historien Christian Bougeard, auteur des « Années 1968 en Bretagne » (2).



Une région divisée

Pourtant, si ce territoire donne l’image d’une région conservatrice, partagée entre un gaullisme dominant et un centrisme démocrate-chrétien influent, l’esprit de Mai-68 avec sa contestation étudiante et sociale, ainsi que les mobilisations paysannes et les revendications régionalistes ont laissé des traces et fait bouger des lignes dans la société bretonne.

Charles de Gaulle débute sa visite le 31 janvier 1969 à Rennes en participant à la réunion de la Commission de développement économique régional (CODER) de Bretagne. L’occasion pour lui de saluer le travail du Comité d’études et de liaison des intérêts bretons (CELIB) et de son président, René Pleven, son ancien bras droit à Londres. Si la commission bretonne a remporté quelques succès, comme l’obtention du Plan routier breton, arraché à la fin mai 1968, les résultats se font attendre dans la région. « En 1969, de Gaulle vient dans une Bretagne où la question économique est centrale, écrit Patrick Gourlay dans l’ouvrage collectif « L’Ouest dans les années 1968 » (1). Les partis et associations de gauche se réunissent afin de dénoncer la « situation coloniale », cause du retard économique, mais aussi pour traiter de la question régionale ».


Une visite sous haute surveillance

Après Rennes, le président de la République se rend à Brest avant d’achever sa visite officielle à Quimper, les 1er et 2 février. Ce voyage se déroule sous haute protection. Il a d’abord été préparé par un coup de filet qui démantèle le Front de Libération de la Bretagne (FLB). L’organisation clandestine avait organisé plusieurs attentats à l’explosif dans la région au cours de l’année 1968. Une cinquantaine de militants sont arrêtés et incarcérés à Paris. Près de 150 personnes sont également mises sous surveillance, des militants du mouvement breton, mais aussi des anarchistes d’extrême-gauche et d’extrême-droite. Cependant, afin d’éviter toute provocation, les syndicats ouvriers et partis de gauche appellent à ne pas manifester à Quimper le 2 février, où de Gaulle doit prononcer un discours en public. D’ailleurs, la police filtre les entrées de la ville et refoule les jeunes gens aux cheveux un peu trop longs. Les forces de l’ordre attendent entre 15 et 20 000 personnes, la presse chiffre l’assistance à seulement 8 000. « Raymond Marcellin (ministre de l’Intérieur de 1968-1974, ndlr) fait quadriller la place du discours par des policiers en civil et des hommes du SAC (Service d’action civique) qui interpellent immédiatement « les rares agitateurs » qui osent sortir des pancartes, des drapeaux rouges ou bretons, ou scander des slogans hostiles. Dans la foulée de Mai 68, les revendications bretonnes, économiques, culturelles et linguistiques s’imposent dans le débat public », poursuit l’historien.


L’incompréhension entre de Gaulle et les Bretons


Conscient de la montée du régionalisme protestataire, de Gaulle rend longuement hommage dans son discours « au caractère propre de la Bretagne », tout en affirmant que « l’Armorique fait depuis toujours partie intégrante de la France ». Il souligne également l’action de Bretons célèbres au service du pays et la fidélité des Bretons à la patrie lors des deux guerres mondiales. Il va même jusqu’à prononcer quatre vers en breton écrits par Charles de Gaulle, son oncle poète. « C’est sans doute pour lui une manière de rendre hommage aux Bas-Bretons et à la langue bretonne mais qui est fort mal perçue par les associations culturelles bretonnantes, certaines criant à la provocation », explique Christian Bougeard. « Ce discours intervient à un moment où le mouvement breton modernise sa thématique politique et se bat pour le développement économique, note quant à lui Patrick Gourlay. Or, cette allocution renvoie à une vision passéiste de la Bretagne dont le destin serait d’être un parc d’attractions pour touristes.»


Pour en savoir plus

1. « L’Ouest dans les années 68 », ouvrage collectif, éditions PUR, 2012.

2. « Les années 1968 en Bretagne » de Christian Bougeard, éditions PUR, 2017.




Début d’un changement dans la société bretonne



L’accueil réservé à Charles de Gaulle lors de cette visite, début 1969, marque le début d’un changement profond de la société bretonne. Si la région reste encore fidèle au Général, les oppositions au chef de l’État se font entendre. Pour de nombreux citoyens, le référendum annoncé devient un vote pour ou contre De Gaulle. Même René Pleven, pourtant ami du Général, se prononce pour le « non ». L’ancien président du Conseil dénonce une décentralisation trop partielle, il craint également la réduction annoncée des pouvoirs du Sénat, qui risquerait de trop renforcer le pouvoir exécutif et ferait glisser le pays dans un régime présidentiel.

Le 27 avril, jour du vote, alors que dans le pays, le « non » totalise 53,18 %, et est majoritaire dans 71 des 95 départements métropolitains, le « oui » l’emporte en Bretagne avec près de 56 %, s’élevant à plus de 61 % dans le Morbihan. Malgré cela, la baisse du vote gaulliste est sensible partout dans l’Ouest, le « non » l’a emporté dans les Côtes-du-Nord, dans l’Ouest bretonnant, mais aussi à Nantes, Rennes et Saint-Nazaire. « La géopolitique régionale n’en sort pas modifiée pour autant.

Néanmoins, la "grande peur" de 1968 écartée, les notables et une fraction des centristes ont pris leur revanche sur le référendum de 1962 [et l’élection du Président de la République au suffrage universel direct, ndlr] et sur le gaullisme autoritaire. Quant à l’électorat de gauche, il obtient un départ espéré en mai 1968… », explique Christian Bougeard. Et si le référendum de 1969 conforte une Bretagne toujours ancrée à droite, « l’essor des luttes sociales, urbaines et paysannes de 1967 et 1969 a introduit des facteurs de changement, même s’ils sont encore peu visibles électoralement ». Ils seront visibles dans la décennie qui suit, avec la montée en puissance de la gauche, et le basculement de la région aux élections de 1981.

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