Randonnée. Il y a 50 ans, ils ont créé le GR34

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Randonnée. Il y a 50 ans, ils ont créé le GR34

Message par Admin le Lun 27 Aoû - 22:02


Si le Lannionnais Émile Orain, décédé l’an passé, est considéré comme le père du sentier de grande randonnée GR 34, sentier qui longe tout le littoral breton, ces Trégorrois, qui l’ont suivi sur les chemins à restaurer parfois dès 1967, en sont sans doute les enfants. 50 ans après la restauration du premier tronçon, ils déchiffrent leur mémoire.

Fin 1968. Une poignée de jeunes, faucilles et bâtons en mains, se met en tête de remettre au jour un sentier oublié, le long de la côte de Granit rose. Pendant sept mois, tous les dimanches, le petit groupe de bénévoles défriche à tour de bras l’ancien chemin, de Beg-Léguer, en Lannion (22), jusqu’à Pors-Mabo, en Trébeurden (22). Sans le savoir, ils découvrent le « pied » d’un futur géant : le sentier des douaniers, qui longe aujourd’hui le littoral de La Roche-Bernard (56) au Mont-Saint-Michel (50). « Les premiers défrichages ont marqué la naissance du GR34 mais on n’avait pas conscience de ça », admet Pierre Lavanant, 92 ans aujourd’hui, qui a rejoint le petit groupe dans les années suivantes. En 1985, 1 400 km de GR sont balisés dans les Côtes-d’Armor. En 1985, 1 400 km de sentiers du GR 34 sont découverts. Un premier topo-guide est édité en 1977. Le GR sillonne alors l’intérieur des terres. Ce n’est que quelques années plus tard qu’il deviendra uniquement côtier.


« Mimile »

À la tête du groupe initial, le Lannionnais Émile Orain. Le père du GR34. Dès les années 1940, militant dans l’auberge de jeunesse de Lannion, cet enseignant détaché à la jeunesse et aux sports emmenait les jeunes en « balade ». « À l’époque, on ne parlait pas de randonnées, sourit Marie-Jo, la femme du pionnier, décédé en 2016. Quand je me baladais avec mon mari et que je le voyais s’enfoncer dans les fourrés, je me méfiais. Il était toujours à l’affût des itinéraires et le chemin n’était pas toujours facile ».


Émile chapeaute rapidement une trentaine, puis une centaine de jeunes bénévoles. Certains ne sont plus là pour témoigner. Les autres se souviennent bien de « Mimile », comme ils l’appellent. « On nous considérait comme des gens bizarres : des gens de la ville qui revenaient dans des sentiers crottés malgré les routes goudronnées », se souvient Jean-Claude Hédé, fondateur des Galopins, association de randonnée héritière de ces défrichages.
La parole des anciens

« Les gens qui marchent maintenant sur les sentiers croient que tout ça est tombé du ciel, s’étonne Marie-Hélène Lemasson, à Louannec (22), qui a aussi participé au défrichage vers 1970. Au tout début, nous marchions les uns derrière les autres dans la boue. C’était très ingrat. Il fallait tout créer, c’était l’aventure. À Beg-Léguer, toutes les collines depuis le haut jusqu’au chemin actuel, étaient couvertes d’épines noires. Mimile nous disait : allez sur les chemins, il ne faut pas que ça repousse ! ».

C’est en parlant avec les anciens, les cultivateurs du coin, qu’ils pouvaient retrouver les chemins à l’abandon. « Moi, je faisais plutôt les randonnées du dimanche, pas le défrichage, lance Jeannine Tirbois, de Perros-Guirec, qui a marché avec Émile dès 1967. Mimile allait devant et, avec sa canne, il écrasait les ronces. On passait derrière. Il n’y avait rien ! Avec nos cartes d’état-major, on arrivait toujours à passer par des talus, en écrasant les ronces, dans les petits-bois, ou des chemins creux inondés. Les jeunes ingénieurs des entreprises de Lannion marchaient avec nous. C’était très convivial. Il y avait des parents qui venaient avec de jeunes enfants. On avait tous moins de 30 ans ».
« Beaucoup de gens se sont rencontrés comme ça »

« Il y avait des spécialistes, commente Marie-Jo. Une dame faisait griller les saucisses, lors des pauses de midi. Elle aimait s’occuper du feu ». « Je me souviens d’un prof de philosophie qui prenait sur son dos une bonne sœur pour lui faire traverser un chemin inondé », sourira Émile Orain dans une interview accordée à TV Trégor. Défricher n’a pas que des côtés désagréables. « Plein de gens se sont rencontrés comme ça. Certains chantaient, il y avait parfois de la danse bretonne », confie Jean-Jacques Monnier, historien local et ancien élu à Lannion.

Troquant les faucilles contre les pinceaux, les marcheurs ont ensuite balisé les sentiers avec des jalons, flèches et les emblématiques traits rouge et blanc. Parmi les mille difficultés traversées, Pierre Lavanant se souvient des sentiers à dégager après la tempête de 1987 ou de l’obtention des droits de passage, qui permettent au sentier côtier de passer par des propriétés privées : « Il fallait pousser pour que certains maires, qui possédaient des maisons sur la côte, appliquent la loi Servitude du littoral de 1978 ». Aujourd’hui, si le GR34 doit beaucoup à son père, il doit aussi à ses enfants. Le sentier exige toujours une surveillance constante et les aides bénévoles sont les bienvenues. Les pionniers lannionnais, eux, sont sur le pied de guerre à l’occasion des 50 ans du GR34. Des festivités seront coordonnées par le Comité régional de randonnée en Bretagne, du 7 au 30 septembre, dans toute la région.


Xavier Terrien

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