Cinq idées fausses sur les agressions sexuelles

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Cinq idées fausses sur les agressions sexuelles

Message par Admin le Sam 29 Sep - 22:01

Par Marie Merdrignac


Une nouvelle affaire d’agressions sexuelles secoue l’actualité. Christine Blasey Ford, universitaire américaine de 51 ans, accuse le juge Brett Kavanaugh, le candidat de Donald Trump à la Cour suprême, de l’avoir agressée sexuellement en 1982, lors d’une soirée entre lycéens. L’occasion de rappeler, encore une fois, les malentendus, mythes et idées reçues qui ont la vie dure sur ce sujet, à une époque marquée par une prise de conscience des dommages infligés aux femmes par les violences sexuelles.

1. La majorité des agressions sont le fait d’une personne inconnue de la victime : FAUX

C’est une idée fausse qui persiste tristement : un « vrai » viol ou une « vraie » agression sexuelle aurait lieu à l’extérieur, sous la menace d’une arme par un inconnu... Or, une enquête Ipsos publiée en 2016, réalisée pour l’association Mémoire traumatique et victimologie, consacrée à la perception du viol et des agressions sexuelles en France, rappelait que dans 90 % des cas, les victimes connaissaient leurs agresseurs. Plus en détail, 58 % des viols sont perpétrés au sein du couple par le conjoint, et, pour les mineurs, 53 % dans le cercle familial.

Dans une étude plus récente, publiée en février 2018 et conduite par l’institut Ifop pour la Fondation Jean Jaurès sur un panel de 2 167 femmes majeures, le chiffre est quasiment le même : dans 78 à 88 % des cas, la victime connaissait son agresseur.


Dans 90 % des cas, les victimes connaissaient leurs agresseurs. 58 % des viols sont perpétrés au sein du couple par le conjoint. (Photo d’illustration : Billion Photos.com)

De plus, trois quarts des viols sont commis dans des espaces privés (maisons, voitures, etc.), plus de la moitié au domicile, alors que 12 % surviennent dans l’espace public. C’est un peu différent pour les agressions sexuelles dont la moitié se produit dans l’espace public.

2. Une « vraie » victime porte plainte : FAUX

Depuis l’impact planétaire de l’affaire Weinstein et du mouvement #MeToo, le nombre de plaintes pour violences sexuelles a augmenté en France. Pour l’année 2017, le nombre de plaintes déposées pour violences sexuelles a augmenté de 10 % à 12 %, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, publiés le 25 janvier 2018.

Cette augmentation se concentre sur la fin de l’année, au quatrième trimestre, dans le sillage de l’affaire Weinstein qui a éclaté en octobre 2017 : les plaintes pour agression sexuelle progressent de 31,5 % par rapport à la même période en 2016.

En parallèle, les associations contre les violences faites aux femmes, d’une seule voix, se disaient « submergées par un flot ininterrompu de saisines des femmes victimes de violences sexuelles », au début de l’année 2018.


8 % seulement des victimes d’agressions sexuelles ou de viols portent plainte. (Photo d’illustration : mariesacha / Fotolia)

Cependant, le nombre de plaintes déposées ne reflète pas la réalité. Dans son rapport du 25 janvier 2018, le ministère de l’Intérieur rappelle que ces chiffres « sous-estiment grandement l’ampleur du phénomène des violences sexuelles dans la société ». Et il souligne que 8 % seulement des victimes portent plainte.

Plusieurs raisons peuvent expliquer cet emmurement dans le silence. La rareté de la sanction des auteurs notamment, avance la Fondation Jean Jaurès : « Lorsque les suites judiciaires ont lieu, l’auteur n’est condamné que dans 23 % des cas alors qu’il ne reçoit aucune sanction dans 58 % des plaintes. »

On observe ainsi un grand écart entre les plaintes enregistrées pour viol (11 510 en 2013) et les condamnations prononcées par la justice, 1 196 la même année. Dans son rapport, la Fondation Jaurès évoque également les freins personnels et relationnels, matériels, sociaux…


3. Le viol, ça n’arrive pas souvent : FAUX

La moyenne observée ces cinq dernières années en France fait état de 98 000 viols ou tentatives de viol, dont 14 000 sur des hommes, indique l’enquête Ipsos parue en 2016. C’est une estimation car il est toujours très difficile d’établir précisément le nombre annuel de viols commis.

En tenant compte des mineurs, premières victimes des violences sexuelles, « on arriverait sûrement à un chiffre supérieur à 200 000 », selon l’association Mémoire traumatique et victimologie.

4. Si la victime s’était défendue, ça ne serait pas arrivé : FAUX

Quatre Français sur 10 estiment que si l’on se défend vraiment autant que l’on peut et que l’on crie, on fait le plus souvent fuir son agresseur (source : enquête Ipsos 2016). Mais en réalité, il est impossible de savoir comment on réagira au moment même de l’agression.

Une étude menée aux États-Unis, basée sur 274 rapports de police, révèle que 22 % des victimes ont échappé à une tentative de viol en hurlant et en luttant. La majorité (56 %) a tenté de supplier ou de négocier avec l’agresseur, tandis que les autres ont déclaré s’être « figées de peur ». Dans ce cas de paralysie temporaire, impossible de dire ou de faire quoi que ce soit.


Quatre Français sur 10 estiment que si l’on se défend vraiment autant que possible, on fait le plus souvent fuir son agresseur (source : enquête Ipsos 2016). (Photo d’illustration : bramgino / Fotolia)

Il s’agit d’une réaction naturelle et involontaire du corps lors de situations de stress extrême. Il est très important de comprendre qu’il est normal pour les victimes d’agression sexuelle d’être tétanisées et d’être ainsi empêchées de se débattre ou de crier.

C’est ce qu’a démontré une étude suédoise, publiée en 2017 dans la revue scientifique Acta Obstetricia et Gynecologica Scandinavica. Sur l’échantillon de 300 femmes qui se sont rendues dans une clinique d’urgence de Stockholm, un mois après un viol ou une tentative de viol, près des deux tiers ont déclaré avoir connu une « immobilité tonique » significative ou une paralysie involontaire durant leur agression.

Signalons aussi que les victimes qui vivent cette paralysie sont plus susceptibles de souffrir de troubles de stress post-traumatique et de dépression sévère.


5. C’est une expérience traumatisante, les souvenirs de la victime sont forcément biaisés : FAUX

C’est la défense du juge Brett Kavanaugh face à Christine Blasey Ford. Lors de son audition devant le Sénat, il a souligné les imprécisions du témoignage de l’universitaire de 51 ans, qui a été questionnée sur la possibilité qu’elle puisse se tromper d’agresseur.

Absolument sûre d’elle, Christine Blasey Ford a évoqué un autre souvenir qui restera « indélébile » : « le rire, le rire bruyant des deux » garçons.


Christine Blasey Ford, universitaire de 51 ans, accuse le juge Brett Kavanaugh le candidat de Donald Trump à la Cour suprême, de l’avoir agressée sexuellement en 1982. (Photo : Andrew Harnik / Reuters)

De nombreuses victimes de viols ou d’agressions sexuelles ont des souvenirs très précis de sons, d’images, d’odeurs associés à l’événement, même s’il a eu lieu des dizaines d’années plus tôt. Mais lorsqu’il s’agit d’indiquer à la police ou au tribunal le jour ou l’heure précis de l’agression – le genre de détails nécessaires pour établir un crime – leur témoignage peut s’emmêler voire se contredire avec des déclarations précédentes.

« Il existe un écart dramatique entre ce qui est attendu par la justice et la nature des souvenirs des victimes », explique à la BBC Amy Hardy, psychologue clinicienne au Kings College de Londres

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