« En soins palliatifs, chaque personne est respectée jusqu’au bout »

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« En soins palliatifs, chaque personne est respectée jusqu’au bout »

Message par Admin le Jeu 1 Nov - 21:57

Propos recueillis par François VERCELLETTO mercredi 31 octobre 2018


Quand on travaille dans une unité de soins palliatifs, comme Sophie Dicchi à la clinique Sainte-Élisabeth de Marseille, on est confronté chaque jour à la mort. Mais tout est fait pour apaiser les derniers moments du patient, dans le respect et l’écoute. Témoignage.

« Il ne faut jamais oublier d’où l’on vient. À la base, je suis infirmière. Quand j’ai commencé à travailler, j’ai été confrontée à des situations de fin de vie, à une époque où les soins palliatifs étaient quasi inexistants. Il arrivait que l’on injecte du chlorure de potassium et c’était la mort en direct…

Avant, on cachait tout. Aujourd’hui, les patients ont des droits : le droit de savoir ce dont ils souffrent, les traitements qu’on leur procure…

Je suis arrivée, en février 2014, à la clinique Sainte-Élisabeth, à Marseille, qui abrite notamment une unité de 22 lits en soins palliatifs. Directrice des soins, je veille à la qualité et à la sécurité des soins, en étroite collaboration avec l’ensemble de l’équipe médicale : médecins, infirmières, aides-soignantes, etc. mais aussi avec les psychologues, les assistantes sociales…

« Si quelqu’un ne peut plus quitter son lit, on peut le sortir dans le jardin. » (Photo : Thomas Brégardis / Ouest-France)

« Tout mon travail s’articule autour du malade et de sa famille, et pour eux, sans oublier les soignants. » (Photo : Thomas Brégardis / Ouest-France)

Je suis l’application des recommandations de la Haute autorité de Santé (HAS), ainsi que la mise en œuvre des dernières réglementations. Je m’occupe aussi de la formation du personnel et de l’évaluation des infirmières. Tout mon travail s’articule autour du malade et de sa famille, et pour eux, sans oublier les soignants.

Au sein de cette petite structure, tout le monde partage les mêmes valeurs. La question qui nous guide en permanence, c’est : « Quels sont les besoins du patient ? »

Quand quelqu’un nous dit : « J’ai mal », on s’intéresse à la fois à ses douleurs physiques et psychologiques. On fait tout pour assurer son confort. On vit à son rythme. Toute l’organisation se met ici à son service et non l’inverse. Par exemple, si la personne ne se sent pas bien le matin, sa toilette peut être reportée à l’après-midi.

Si quelqu’un ne peut plus quitter son lit, on peut le sortir dans le jardin. Les familles peuvent prendre des repas avec leur être cher ou dormir à ses côtés, comme à la maison.

« Personne ne travaille ici par hasard »

Il y a beaucoup de bienveillance par rapport aux soignés. Je me souviens d’un malade qui avait voulu aller à la plage une dernière fois. Un soignant l’a accompagné.

Et puis aussi de ce sans-abri, séparé de sa famille depuis dix ans. Il a voulu demander pardon à son fils de l’avoir abandonné. Il était illettré. Il nous a dicté un courrier que nous avons pu faire parvenir à son enfant, avec un cadeau de son père.

Une femme de 40 ans s’est mariée, avant de mourir, et a fait baptiser son fils de 9 mois.

On considère la personne jusqu’au bout, y compris après sa mort. Nous disposons d’un lieu où les proches peuvent se recueillir autour du corps. Tous les quatre mois, nous célébrons une messe dans la chapelle à l’intention des défunts.

« Quand quelqu’un nous dit : « J’ai mal », toute l’organisation se met à son service et non l’inverse. » (Photo : Thomas Brégardis / Ouest-France)

« Nous disposons d’un lieu où les proches peuvent se recueillir autour du corps. » (Photo : Thomas Brégardis / Ouest-France)

Il n’y a pas que des catholiques. De nombreuses familles musulmanes, ou non-croyantes, y assistent aussi. Chacun peut déposer une bougie sur l’autel en mémoire du disparu. Après la messe, un apéro dînatoire nous réunit. C’est très chaleureux.

Il y a des choses qui ne s’apprennent pas comme l’humanisme, l’amour de son prochain. Ça vient des tripes…

Les soignants sont toujours attentifs. Ils ne sont pas là par hasard. Mais, attention, ils « perdent des plumes » aussi. Il faut aussi qu’ils puissent « déposer » leurs émotions.

C’est souvent difficile. Quand je vois, en arrivant le matin, un soignant cueillir des fleurs, je me dis qu’il y a eu un décès dans la nuit. Il peut y en avoir plusieurs au cours d’une même journée. On se soutient. Parfois, j’apporte des croissants à des soignants effondrés…

Je suis fière de travailler ici. Quand je vais à Sainte-Élisabeth, j’ai de l’air sous les pieds. »

ouest france


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