Sel. L’or blanc qui fit la richesse de la Bretagne

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Sel. L’or blanc qui fit la richesse de la Bretagne

Message par Admin le Jeu 6 Déc - 23:13

TELEGRAMME 06.12.2018 serge rogers

Le sel a longtemps été un élément indispensable à l’alimentation des hommes, notamment pour la conservation des denrées. Produit dans la région depuis l’Antiquité, il a contribué dès le Moyen-Âge à l’essor économique de la Bretagne.

(Collection Musée des marais salants, n° inv. 09.10.1. - Batz-sur-Mer (Cap-atlantique))

On trouve les premières traces d’exploitation du sel sur la façade atlantique dès la Préhistoire. Dans le sud Bretagne, les ateliers de fabrication se développent au début de la deuxième partie de l’âge de fer (vers 400 avt J.-C.). À l’époque, on récupère le sel marin avec l’aide de fours permettant de chauffer l’eau de mer placée dans des récipients en argile cuite qui, en s’évaporant, laisse le sel se cristalliser pour former des briques. Les recherches archéologiques ont permis de découvrir plusieurs vestiges de ces fours à sel, dont la grande majorité date des IIe et Ier siècles avant notre ère.

Les historiens expliquent cette forte augmentation du nombre d’exploitations salicoles au développement des oppidums, ces villages fortifiés qui apparaissent avec la sédentarisation des populations proto-historiques. Ces structures pré-urbaines entraînent un accroissement de l’élevage et, par conséquent, une demande de sel plus importante pour conserver les viandes et tanner les peaux issues de cette production. La qualité du sel celte et celle des salaisons produites sont reconnues au-delà des frontières de la Gaule, et s’exportent via le réseau routier et le développement des transports maritimes. La demande explose sur tout le continent européen.

L’apport des Romains

Économie florissante, source de richesse et donc de pouvoir, la production de sel dans le sud de la péninsule armoricaine est pourtant stoppée suite à la conquête romaine. Les fours à sel disparaissent peu à peu des côtes bretonnes. En effet, Rome désire contrôler la production salicole et s’arroge le monopole de son commerce. Le sel devient alors une véritable monnaie d’échange. Les soldats romains reçoivent d’ailleurs une partie de leur solde en sel (donnant par l’occasion le mot salaire). Il faudra attendre 500 ans pour que les premiers marais salants - inventés par les Romains et consistant à faire évaporer l’eau par le soleil et le vent - fassent leur apparition dans le sud de la région.

Un instrument de pouvoir

Au début du Moyen-Âge, le sel demeure encore un élément de pouvoir, à une période où la population européenne double entre les Xe et XIIIe siècle et que les villes se développent. « Ces essors induisent ceux de la pêche harenguière et des salaisons de viandes pour satisfaire à l’alimentation d’un nombre croissant de citadins et de ruraux et du commerce maritime », explique Gildas Buron, conservateur du musée des Marais salants, dans un livre consacré au sujet.

Passées du domaine public à ceux des princes de Bretagne, les terres vaines [non cultivées, ndlr] littorales sont aliénées par les ducs et les seigneurs féodaux qui les détiennent ». Ces derniers confient généralement la création et la gestion des marais salants au monde religieux. C’est le cas, par exemple, des moines de l’abbaye de Redon, qui reçoivent en 845 des terrains dans la presqu’île de Guérande afin d’y construire des salines. Ou des abbayes de Saint-Gildas-de-Rhuys et de Notre-Dame de Prières, à Billiers, qui héritent de marais salants sur le littoral morbihannais.

Cet or blanc est une source de richesse inestimable et joue un rôle non négligeable dans la politique des Ducs de Bretagne. Les rentes de sel aident, par exemple, la famille des Montfort à financer la guerre de succession de Bretagne, leur permettant de payer un plus grand nombre de mercenaires que leurs rivaux, la famille de Blois, et de remporter ainsi la bataille d’Auray.

Un commerce international

« Dès le XIIIe siècle, le sel breton est aussi l’objet d’un commerce international, d’abord avec les îles Britanniques puis, à partir de la fin du XIVe siècle, avec l’Allemagne, la Flandre, le Brabant et la Zélande, poursuit Gildas Buron. Ce commerce est le fait des villes marchandes de la mer du Nord et de la Baltique, associées dans la Ligue hanséatique ». La demande est encore plus grande à partir du XVIIe siècle et le développement de la pêche à la morue en Atlantique Nord. Elle est telle que le bassin guérandais arrive à saturation, la production s’étale sur toute la côte sud de la Bretagne. Certains investisseurs tentent même d’implanter les marais salants sur la côte nord, dans la baie de Saint-Brieuc ou dans l’estuaire de la Rance, mais les conditions climatiques ne sont pas réunies et l’aventure s’arrête rapidement.

La production bretonne continue d’augmenter jusqu’au XIXe siècle, avant de décliner. Le sel breton subit de plein fouet la concurrence des salines du Midi, mais aussi des sels de mines produits dans l’est de l’Hexagone. L’invention de la conserve métallique et plus tard celle du réfrigérateur, conjointement avec la chute du prix du sel, porteront le coup de grâce à bon nombre des salines bretonnes. Seule la production guérandaise arrivera à tirer son épingle du jeu.

Pour en savoir plus

- « Bretagne des marais salants : 2 000 ans d’histoire » de Gildas Buron, éditions Skol Vreiz, 2001- Musée des marais salants à Batz-sur-Mer.- Maison des Paludiers à Sallié : maisondespaludiers.fr

http://maisondespaludiers.fr/






en complément


Impact sur l’histoire et la géographie bretonnes

Sous l’Ancien Régime, la Bretagne échappe à la gabelle, un impôt sur le sel très impopulaire dans le royaume de France. La contrebande se développe à la frontière entre l’ancien duché et les provinces avoisinantes. En 1789, les révolutionnaires décident de la supprimer et la remplacent par un impôt généralisé sur tout le territoire. Les contrebandiers se retrouvent privés de leur gagne-pain et se rebellent contre la nouvelle république. Ils viendront gonfler les rangs de la chouannerie.

Impact historique, impact géographique également : pendant des siècles, l’action de l’homme va façonner les paysages. Si avec la baisse de la demande de sel, de nombreux marais salants sont délaissés dans le Morbihan, ils constituent encore aujourd’hui des espaces naturels exceptionnels. Cependant, avec l’essor du tourisme balnéaire, ces terres inoccupées serviront à construire, à partir de la fin du XIXe siècle, les premières stations de bord de mer. Et l’urbanisation galopante va bientôt menacer le bassin guérandais, dernier lieu de production breton.

À la fin des années 1960, les marais salants sont peu à peu remplacés par des lotissements, des zones commerciales et artisanales. Les propriétaires des terrains, au premier rang desquels les Salins du Midi, sont prêts à vendre aux promoteurs. Un projet de rocade qui doit traverser le marais pour contourner La Baule est également prévu. C’en est trop pour les producteurs, qui décident de résister pour éviter de voir leur outil de travail et leur lieu de vie millénaire disparaître à tout jamais. Le 25 juin 1973, ils manifestent contre le projet et reçoivent le soutien de la population, des élus locaux et des militants écologistes. La forte mobilisation fait capoter le projet, mais il faudra attendre une vingtaine d’années pour voir les marais salants classés en tant que zones humides à préserver, ainsi que monuments historiques.
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