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Un moucheron risque de bouleverser l’écosystème en Antarctique

Message par Admin le Jeu 20 Déc - 19:50

Par Hélaine Lefrançois


Des chercheurs britanniques se sont intéressés à une espèce de moucheron qui prolifère sur l’île Signy, en Antarctique. Introduit par l’être humain, le petit insecte modifie l’écosystème. Sur le long terme, il pourrait contribuer au bouleversement de l’équilibre du Pôle Sud.


L’Eretmoptera murphyi est un moucheron qui ne sait pas voler et qui ne pique pas. Mais ce petit insecte n’est pas aussi inoffensif qu’il en a l’air. Il prolifère sur l’île Signy, dans l’archipel des îles Orcades du Sud, en Antarctique, et risque de bouleverser l’écosystème du Pôle Sud. C’est la conclusion d’une étude menée par une équipe de chercheurs britanniques ces trois dernières années.

Une responsabilité humaine

L’humain ne peut s’en prendre qu’à lui-même : c’est à cause de lui que cette espèce est arrivée sur l’île de 6,5 kilomètres de long et 5 kilomètres de large. À l’origine, l’insecte vivait en Géorgie du Sud, une île un peu plus au nord qui se trouve dans l’Atlantique.

« Dans les années 1960, des chercheurs ont voulu faire une expérience : ils ont transféré des plantes de cette île sur l’île Signy pour voir si elles étaient capables de survivre. Mais ils n’ont pas pensé qu’elles apporteraient d’autres organismes avec elles », commente Scott Hayward, professeur de biologie à l’Université de Birmingham, l’un des auteurs de l’étude.

« Il n’y avait pas eu d’insectes sur cette île depuis le dernier âge de glace en Antarctique, soit 10 000 ans », ajoute Jesamine Bartlett, son étudiante qui consacre son doctorat à ce sujet, et qui est passionnée par l’écologie en milieu polaire. Depuis cette introduction accidentelle, le moucheron prolifère. « Ils sont 150 000 par mètre carré dans certains endroits de l’île », explique-t-elle.

Le ver de terre de l’Antarctique

Avec l’aide de la British Antarctic Survey, l’organisme public qui chapeaute les recherches en Antarctique, les chercheurs de l’Université de Birmingham ont tenté de déterminer l’impact de la prolifération de ce moucheron. Pour ce faire, ils ont analysé le sol en prélevant des échantillons à plusieurs endroits de l’île : les zones où le moucheron est roi, celles qu’il n’a pas encore colonisées et celles où d’autres espèces animales vivent, comme les phoques, les manchots ou encore certaines espèces d’oiseaux.


La chercheuse Jesamine Bartlett prélève un échantillon sur l’île Signy. (Photo : Jesamine Bartlett)

S’il est trop tôt pour tirer des conclusions définitives, les chercheurs affirment que le moucheron modifie l’écosystème local. Sa durée de vie est de deux ans, mais il passe une grande partie de son existence à l’état de larve. Selon Jesamine Bartlett, il fait le même travail que le ver de terre que l’on trouve sur notre continent. « Ce moucheron est ce qu’on appelle un décomposeur : il se nourrit de matière organique morte et transforme la tourbe en sol, car il rend la terre plus riche et plus fertile, exactement comme les vers de terre ! Sauf que l’Antarctique n’y est pas habitué », explique-t-elle.

De plus, cette espèce libère beaucoup d’azote dans son habitat, « autant que les phoques », précise-t-elle. Ce surplus d’azote pourrait être dommageable pour la mousse. Les chercheurs ont observé un léger déclin de cette végétation dans certains endroits où les moucherons prolifèrent. Or, « la mousse, c’est la forêt de l’Antarctique », précisent les chercheurs. C’est un pilier de son écosystème.

« D’un autre côté, il existe seulement deux plantes propres à l’Antarctique et les deux se trouvent sur l’île Signy. Ces plantes ne sont probablement pas contre l’augmentation de la quantité d’azote, cela pourrait les aider à proliférer », nuance Jesamine Bartlett.

Le moucheron en voie de coloniser le Pôle Sud ?


Mais comment cette espèce survit dans un environnement hostile ? Sur l’île de Signy, la température varie entre -10°C et 0°C, alors qu’elles oscillent entre -4°C et 9°C en Géorgie du Sud. « Cette espèce tolère le froid. L’intérieur de son corps gèle, mais pas ses cellules, et elle peut survivre dans cet état de longues périodes », précise Scott Hayward.


Une base scientifique sur l’île Signy. (Photo : Jesamine Bartlett)

Le réchauffement climatique pourrait l’encourager à migrer un peu plus au sud, selon les calculs des chercheurs. « Cela bouleverserait l’écosystème de l’Antarctique », concède Jesamine Bartlett.

Les insectes ne sont pas inexistants en Antarctique. Il y en a depuis des millions d’années. Le problème, c’est que certaines espèces ne sont pas habituées à la concurrence. Si ce moucheron colonise d’autres zones de l’Antarctique et s’approvisionne avec le peu de nourriture, d’autres espèces pourraient disparaître, explique son tuteur.




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