Louis Guilloux. Un écrivain engagé auprès des réfugiés espagnols

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Louis Guilloux. Un écrivain engagé auprès des réfugiés espagnols  Empty Louis Guilloux. Un écrivain engagé auprès des réfugiés espagnols

Message par Admin le Dim 10 Mar - 20:39

Publié le 07 mars 2019 à 16h24 Modifié le 07 mars 2019 à 16h23  TELEGRAMME

Louis Guilloux. Un écrivain engagé auprès des réfugiés espagnols  Sans1652

Faisant partie du comité d’aide aux réfugiés de la ville de Saint-Brieuc, Louis Guilloux (et son éternelle pipe) et son ami l’abbé Armand Vallée, ici en compagnie des enfants du camp de réfugiés espagnols en 1937.

Au moment de la guerre d’Espagne, Louis Guilloux est déjà un écrivain célèbre. « La Maison du peuple » (1927) et « Le Sang noir » (1935) lui assurent déjà une certaine notoriété littéraire. En 1937, il assiste à l’arrivée des premiers réfugiés espagnols qui débarquent à Saint-Brieuc.

L’écrivain briochin est consterné par le spectacle des enfants qui arrivent pieds nus : « Au camp, l’horreur du spectacle passe toute écriture. Ici, vraiment, on ajoute au malheur », écrit-il le 8 septembre 1937 dans ses « Carnets ». À cette époque, Louis Guilloux est responsable du Secours rouge, l’ancêtre du Secours populaire. Très engagé dans l’aide aux réfugiés, il s’inquiète du peu de mobilisation en faveur des Espagnols dans sa ville.

Lors d’un meeting, le 25 septembre 1937, où les participants sont peu nombreux, il se demande « Mais les autres ? L’immense majorité des autres ? […] Sur les 30 000 habitants que nous sommes dans notre ville, personne n’a eu la curiosité de venir apprendre quelque chose sur le malheur des réfugiés ». Deux ans plus tard, en 1939, le Briochin se mobilise à nouveau pour les réfugiés : en revanche, il ne relate pas ses actions dans ses « Carnets » cette année-là. Mais des témoins, aujourd’hui disparus, en ont fait état.

Lors de la parution de ses « Carnets », Louis Guilloux avait choisi de ne publier qu’une partie de ses textes. L’intégralité de ceux-ci est aujourd’hui conservée dans un fonds d’archives à la bibliothèque André-Malraux de Saint-Brieuc : ils avaient été sortis de l’oubli par l’historienne Isabelle Le Boulanger. Totalement inédits, ils n’ont pour le moment fait l’objet d’aucune publication, hormis dans l’ouvrage « L’exil espagnol en Bretagne », publié par l’historienne.

Louis Guilloux. « L’indésirable »

Publié le 07 mars 2019 à 10h46

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Photo telegramme



Les éditions Gallimard publient « L’indésirable », le passionnant galop d’essai romanesque de l’écrivain briochin Louis Guilloux (1899-1980). Cet inédit, rédigé en quelques semaines en 1923, contient déjà la promesse de son chef-d’œuvre « Le sang noir », dont ce beau texte humaniste et cruel est la matrice.

Pour les amoureux de l’écrivain et pour tous ceux qui s’intéressent à une littérature qui témoigne, fait sens et « demande réparation », selon l’expression chère au Briochin, la parution d’un roman inédit de Louis Guilloux est évidemment un événement. Mais « L’indésirable » est bien plus qu’une ligne venant s’ajouter à la bibliographie de l’auteur du « Jeu de patience ».

Haine et bêtise

Quand il écrit ce texte, en 1923, Louis Guilloux a récemment quitté sa Bretagne natale pour la capitale. S’il n’a pas fait la Guerre de 14-18, il vit, comme sa génération, avec sur les épaules et l’âme le poids social, économique et surtout moral et psychologique d’un « monstre » de l’histoire, dont la fureur et l’odeur de sang sont loin d’être oubliés. En ce sens, marqué de manière indélébile par l’horreur dont peut faire preuve l’humanité, il est, par l’intensité de son cri de révolte, un contemporain du Giono du « Grand troupeau » ou du Céline de « Voyage au bout de la nuit ».

Dans ce contexte pesant, il débute donc sa vie de romancier, créant Belzec, une commune au nom vaguement armoricain, où le paysage se hérisse de croix, dont le vent porte quelques embruns et où de la porcelaine en vieux « Quimper » sommeille dans les vaisseliers. Nous sommes à l’arrière, en plein conflit, et des étrangers, déracinés par les caprices des lignes de front, s’entassent dans un camp de concentration. Ce dernier est géré par des réservistes et ses hôtes, innocentes victimes du dérangement de la guerre pour la plupart, subissent régulièrement la vindicte d’une population qui mélange dangereusement bêtise et xénophobie. La haine est ici « anti-boche », mais, en puisant des exemples dans les périodes les plus récentes, on pourrait lui donner bien d’autres visages de ce rejet de l’autre que Louis Guilloux abhorrait plus que tout.

La silhouette du réprouvé


Ce petit théâtre provincial de la médiocrité sert d’écho à un « commis voyageur de la médisance et de la calomnie » qui va donc se faire entendre, contre toute raison, et salir la réputation d’une famille, accusée d’avoir profité de l’argent de l’« ennemi » ; en l’occurrence une Alsacienne mourante à qui elle est venue en aide. Cette sordide pantomime posée, Louis Guilloux décrit le mécanisme, si bien huilé de délation et de complaisance, de la triste société en marche, jusqu’à la funeste et inéluctable conclusion.

Soyons clair, « L’indésirable » n’est pas un chef-d’œuvre injustement méconnu. Mais il nous prend parce que tout ou presque de ce qui fait la force de Louis Guilloux est déjà là, humus littéraire et engagé d’une fertilité exemplaire : l’idée de justice et le questionnement de la conscience ; l’impact dévastateur de la guerre sur l’individu et le collectif ; la description de la bassesse et de la veulerie de populations qui ne voient pas toujours plus loin que le bout de leur clocher, de leur drapeau et de leurs préjugés ; la défense des exclus, des irréguliers, des marginaux, de ceux que l’on rejette parce qu’ils ne pensent et ne vivent pas comme tout le monde.

Ainsi se dessine nettement, et pour la première fois, la silhouette de cet « indésirable » qui va traîner sa misère dans toute l’œuvre de cet immense écrivain humaniste et se cristallise dans le personnage de Cripure le maudit.

La matrice du « Sang noir »


Certes, le « fruit » est un peu vert, parfois astringent, mais il est juteux de promesses littéraires de première force. En le refusant à la publication à l’époque, les éditions Rieder rendirent service à son auteur. Pendant une dizaine d’années, Louis Guilloux ne cessera de faire grandir son « enfant ». Il apprend de lui, réécrit, corrige, repense son projet, qui contient pourtant d’indéniables fulgurances, des atmosphères, des psychologies magnifiques. Il retravaille encore et encore la glaise de mots de ce qui n’est rien d’autre que la matrice encore sage, trop démonstrative et didactique, du « Sang noir », roman adulte, véritable chef-d’œuvre de son auteur et jalon de la littérature du XXe siècle.

Cette adolescence de l’écriture, la puissance contenue de l’expression juvénile sont les aspects les plus émouvants de ce constat amer et cruel sur une époque, que l’on lit avec curiosité et, in fine, grand intérêt. Il était indispensable de faire connaître ce texte qui attendait son heure dans les archives de la bibliothèque municipale de Saint-Brieuc. Le voici, opportunément assorti de variantes et d’une riche postface, dans laquelle Olivier Macaux met cette publication en perspective. Un livre, un vrai. Précieux.

Louis Guilloux. Un écrivain engagé auprès des réfugiés espagnols  Sans1653

« L’indésirable » de Louis Guilloux, Gallimard, Collection Blanche, 18 €.
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