Famille Daniélou. Une dynastie finistérienne

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Message par Admin le Lun 18 Mar - 21:02

Famille Daniélou. Une dynastie finistérienne  Sans1700

Au centre, Charles Daniélou inaugure le monuments aux morts de Coray (29).
publié le 17 mars 2019 à 09h00 telegramme


Affirmer que la famille Daniélou a fortement marqué la vie politique et culturelle contemporaine du Finistère est peu dire ! Charles (1878-1953), écrivain, député et ministre, en est la figure la plus flamboyante. Il est aussi le père de Jean et Alain, respectivement cardinal et traducteur du Kamasutra, aux destins également peu banals.


Quelque peu oublié aujourd’hui, Charles Daniélou a pourtant été un personnage particulièrement marquant de la vie finistérienne du début du XXe siècle, tant au niveau littéraire que politique. Il naît en 1878 dans une famille de notables douarnenistes, très à gauche. Son arrière-grand-père, son grand-père et son père ont été maires de la cité penn sardin à différentes reprises. Le père de Charles, Eugène, républicain convaincu et anticlérical militant a refusé de se marier à l’église et de baptiser ses enfants. Il a fait fortune dans le commerce du vin, mais il est très intégré dans les populations maritimes.

Avec les poètes du Parnasse


Enfant, Charles Daniélou fréquente donc les enfants de pêcheurs de Douarnenez ou des paysans du Porzay avec lesquels il gardera toujours une certaine proximité. Puis, il poursuit ses études à Brest. Refusé à l’École navale, Charles se réfugie dans la poésie et écrit beaucoup, notamment pour des revues régionalistes. Les poètes du groupe du Parnasse, dont José-Maria de Heredia, fréquentent alors régulièrement Douarnenez. Ils l’introduisent dans le monde littéraire parisien qu’il rejoint à 19 ans. Auteur de cinq recueils de poésie entre 1899 et 1909, il publie aussi plusieurs romans feuilletons.

Issu de la bourgeoisie cornouaillaise de gauche, le jeune Charles Daniélou vire pourtant à droite à l’occasion de l’Affaire Dreyfus. Il se fait baptiser et rejoint la ligue de la patrie française, créée en réaction à celle des droits de l’Homme. Il adhère aussi à l’Union régionaliste bretonne (URB). À l’époque, « il défendait la Bretagne, son histoire, sa langue avec toujours en arrière-plan le conservatisme social », explique son biographe, Patrick Gourlay.

Retour politique à Locronan

Le jeune homme n’a pas que des ambitions littéraires. En 1905, il s’installe à Locronan où il se fait construire un manoir dominant la petite cité et offrant une vue imprenable sur la baie de Douarnenez. Conseiller municipal en 1908, il se présente deux ans plus tard à la députation. Utilisant des techniques de marketing politique à l’américaine, Charles Daniélou s’offre « une conquête à la hussarde », selon Patrick Gourlay. Candidat très à droite, il l’emporte avec 101 voix d’avance.

Pourtant, au palais Bourbon, Charles Daniélou rejoint les républicains progressistes. Le nouveau député de Châteaulin siège au centre et se fait remarquer en s’impliquant dans le scandale des poudres, des munitions défectueuses qui ont causé de nombreuses victimes dans la Marine. Il cultive son fief politique et est élu maire de Locronan en 1912. Il continue à fréquenter les milieux régionalistes, en témoignent ses écrits sensibles sur la Bretagne.

Virage à gauche


En 1914, au terme d’une campagne très rude contre Albert Louppe, il perd son siège. Un an plus tard, après avoir perdu son frère et son beau-frère et en étant père de cinq enfants, il s’engage et combat dans les Flandres, en Artois et en Champagne. Blessé, il est muté au service de presse des affaires étrangères où il rencontre son mentor, un autre Breton, Aristide Briand, président du conseil et futur prix Nobel de la Paix.

En 1919, Charles Daniélou est réélu député du Finistère sur une liste de droite, mais sans enthousiasme de sa part. Son amitié avec Aristide Briand et ses convictions le poussent de plus en plus vers le centre gauche. Il s’investit énormément dans le travail parlementaire, particulièrement en matière de politique étrangère.

Des cabinets ministériels à la Bretagne


Réélu en 1924 sur une liste de gauche, Charles Daniélou est nommé sous-secrétaire d’État aux travaux publics en 1925. Il est ensuite confirmé à la Marine marchande, puis rejoint les Affaires étrangères. Il n’en oublie pas sa Bretagne. Il engage plusieurs réformes pour améliorer le sort des marins et travaille sur un projet de développement ambitieux du port de Douarnenez qui se heurte à l’opposition du jeune maire, Le Flanchec, qui vient de rejoindre le nouveau Parti communiste.

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À droite, Charles Daniélou lors d’un conseil des ministres. (Photo DR)

En avril 1925, Charles Daniélou a la satisfaction de voir le centre de Locronan classé et son riche patrimoine désormais protégé. En 1927, il revient à l’écriture, avec notamment « Finis Terrae », une ode vibrante à la Bretagne. Réélu député en 1928 et siégeant désormais avec la gauche radicale, il est nommé ministre de la Marine marchande entre 1930 et 1931. De décembre 1932 à octobre 1933, il sera également ministre de la Santé. Mais la mort d’Aristide Briand en 1932 le prive de son principal appui politique. En 1936, usé, Charles Daniélou est battu par un jeune notaire de Quéménéven, Jean Crouan. Il décide alors de prendre sa retraite politique. Il décède le 30 décembre 1953 et est enterré à Locronan.

Pour en savoir plus


Patrick Gourlay, « Charles Daniélou (1878-1953). Itinéraire politique d’un Finistérien », Presses universitaires de Rennes, 1996




Le cardinal et l’orientaliste


En 1904, le poète Charles Daniélou épouse Madeleine Clamorgan, une jeune intellectuelle qui vient d’être reçue à l’agrégation de Lettres. En 1907, elle ouvre une école normale catholique. Toute sa vie, elle fera preuve d’un engagement constant pour l’éducation des jeunes filles, aussi, dans les années 1930, elle crée les « écoles Charles-Péguy ». Son attachement au catholicisme ne sera pas sans tension avec la carrière politique de son mari, qui d’une droite affirmée, finit à gauche dans l’entre-deux-guerres. Cela n’empêchera pas le couple d’avoir six enfants.

« Épectase » et Kamasutra


L’aîné, Jean (1905-1974) a longtemps été pressenti par son père pour prendre sa succession politique. Mais, en 1929, il rejoint les Jésuites à Jersey, puis est ordonné prêtre en 1938. Jean Daniélou s’affirme comme l’un des grands historiens du christianisme, notamment sur ses origines, sujet de sa thèse universitaire. En 1962, il est appelé comme expert auprès du Vatican. En 1969, Paul VI le nomme cardinal et, en 1972, il devient académicien. Mais deux ans plus tard, Jean décède dans des circonstances peu banales eut égard à son statut. Il est, en effet, victime d’une crise cardiaque au domicile de Gilberte Santoni, surnommée « Mimi », plutôt connue pour être une femme de petite vertu qu’une bonne paroissienne. Pudiquement, l’Église évoque alors une « épectase », qui désigne « un progrès de l’homme vers Dieu », ce qui fait, bien évidemment, les choux gras de la presse, particulièrement du Canard Enchaîné.

Né en 1907, Alain Daniélou aura également eu un destin singulier. Ethnologue et musicologue, il se passionne pour l’Inde, dont il deviendra l’un des spécialistes européens reconnu. Il est l’auteur, en français, de l’une des traductions de référence du Kamasutra, le chef-d’œuvre de la littérature érotique hindoue.

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