La sorcière de Marchiennes...

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Message par Admin le Mer 7 Aoû - 17:29

Le 8 Mai 1679 est un jour néfaste pour Péronne Goguillon. La pauvre femme de 46 ans, mariée à Andrieu Dufosset, rencontre 4 soldats de la garnison de Marchiennes.


D'elle, ils ne savent pas grand'chose, sinon que la rumeur prétend qu'elle serait un peu sorcière .

Alors, profitant de cette mauvaise réputation pour passer une soirée à peu de frais, ils n ' hésitent pas à l'entrainer dans un cabaret, à la traiter de sorcière et à lui réclamer de l'argent.

Furieux lorsqu'il apprend l'histoire, le mari de Péronne décide de porter plainte devant le tribunal des hommes du fief de la Baronnie de Bouvignies.
Une enquête est alors ouverte et les quatre cavaliers sont emprisonnés.

Mais voilà, les choses s'enchaînent mal. Dès le 11 mai, un certain Michel Fontenier, qui loge un des accusés et qui veut éviter tout ennui, se présente devant les juges de Bouvignies et confirme que Péronne Goguillon est bien une sorcière.

Ne sachant quelle attitude adopter, les juges en réfèrent à la juridiction supérieure : la gouvernante de Douai, tandis que Péronne est faite prisonnière.
Dans le village, l'affaire fait grand bruit et les juges voient alors défiler 18 témoins accusant la pauvre femme d'innombrables maléfices et de tous les maux du village. Impressionnés par cet élan de diffamation, ils acceptent qu'un procès criminel soit ouvert.

Le 20 mai, Péronne est longuement interrogée. La plupart des questions qui lui sont posées ont trait aux maléfices subis par les témoins ; maladie, morts d'animaux... Bien sûr, elle nie certaines accusations mais semble croire à la réalité de quelques-uns de ses pouvoirs.

Elle passe alors une semaine en prison.

Epuisée, angoissée, la pauvre femme se sent sans doute dépassée par les évènements. Quoi qu'il en soit, elle finit par avouer. Et là, c'est l'escalade !
Elle déclare participer au sabbat chaque semaine, décrit en long et en large la cérémonie : accompagnée de son amoureux diabolique Frecquette, elle danse au son du violon, au commandement d'un colonel dont chacun embrasse le derrière ! Elle affirme aussi s'être laissée séduire par un chat cornu.
Il n'en faut pas plus aux juges pour se faire une opinion. Péronne est donc condamnée à être brûlée vive, les restes de son corps devant être exposés à la voirie sur une roue ou une fourche.

Bien sûr, avant d'être conduite au bûcher, on lui demande si elle a des complices.

Et Péronne, décidément en veine de confidences, n'hésite pas à dénoncer à tour de bras : sa fille aînée, sa cousine, ainsi que 5 autres personnes qui font partie du lot.

Nul ne saura jamais pourquoi la pauvre femme a réagi de la sorte. Le 29 mai, elle est conduite sur la place du village par les 24 hommes du fief de la Baronnie. La sentence est lue puis exécutée devant le peuple.

Quant aux personnes dénoncées, leur sort n'est guère plus enviable ; 4 femmes périront de la même manière cette année-là à Bouvignies. Quant aux 3 hommes incriminés ils échapperont, eux, au supplice...

extrait de "Légendes, croyances et traditions en Douaisis" par Bernard Coussée & "les derniers bûchers, un village en Flandre et ses sorcières sous Louis XIV" par Robert Muchembled.

Illustration Marchiennes et Bouvignies Nord

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