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Les soutiens-gorge sont-ils vraiment bons pour la santé ?

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Message par Admin Mar 3 Déc - 20:06

Les soutiens-gorge sont-ils vraiment bons pour la santé ? Y16

Par Laura DANIEL ouest france

Alors que les témoignages remettant en cause le port du soutien-gorge se multiplient, l’impact de ce dernier sur la santé des femmes reste flou. Influence sur la fermeté de la peau, lien avec des douleurs dorsales et même avec le cancer du sein... La recherche médicale ne s’est pas emparée de ce sujet, pourtant susceptible de concerner la moitié de la population.

Les femmes vont-elles reléguer leurs soutiens-gorge au placard ? En France, elles sont en tout cas 11 % à s’en passer désormais occasionnellement, selon une étude de l’Institut français de la mode.

Ce changement de pratique a été popularisé sur les réseaux sociaux à travers le mouvement « No bra » (« Pas de soutien-gorge », en anglais). Elles sont nombreuses à y raconter comment elles ont décidé de se passer de ce sous-vêtement, conçu tant pour masquer la poitrine que pour la maintenir.

Confort, esthétique et féminisme


Parmi les motifs invoqués, reviennent généralement l’inconfort, l’esthétique améliorée de la poitrine, ou encore des convictions féministes – les seins n’ayant pas à être sexualisés, ils n’auraient donc pas à être cachés des regards. Mais aussi l’argument médical, selon lequel le fait de porter des soutiens-gorge serait mauvais pour la santé. En ce domaine, pourtant, le flou subsiste.

Docteure en biologie, Helixis Felis (un pseudo) est aussi vulgarisatrice scientifique, notamment sur sa chaîne YouTube. C’est après une conversation avec une amie qu’elle a décidé de se renseigner sur la question.

« Je me suis vite rendu compte qu’il n’y avait pas grand-chose en ligne ni dans les publications scientifiques, raconte-t-elle. J’ai contacté plusieurs spécialistes, des médecins ou des kinésithérapeutes pour l’impact sur le dos, mais eux non plus n’avaient pas de vérités scientifiques sur lesquelles s’appuyer. »


« Les seules choses avérées sont qu’il est indispensable d’en porter pour pratiquer du sport, sous peine de créer des chocs sur les tissus, poursuit-elle. Il y a également de nombreuses études commandées par l’industrie de la lingerie montrant la nécessité d’avoir un soutien-gorge adapté à sa taille. Mais rien sur les avantages ou inconvénients liés au fait d’en porter ou non. »


« Oui, la plupart des femmes tireront des bénéfices à s’en passer »


Rien, ou presque : dans les années 1980, le médecin du sport Jean-Denis Rouillon, qui exerçait au CHU de Besançon (Franche-Comté), a commencé à suivre des femmes pour tenter de répondre à cette question. Il a mesuré l’évolution de leurs seins en fonction de leurs habitudes en la matière de soutiens-gorge.

En 2013, celui qui est aussi professeur à l’Université de Franche-Comté a communiqué ses premiers résultats : selon ceux-ci, sans soutien-gorge, la poitrine devenait plus ferme, gagnait légèrement en volume, les mamelons remontaient et se redressaient, l’écart entre les deux seins diminuait et les vergetures s’estompaient. A contrario, une femme portant des soutiens-gorge depuis de nombreuses années semblait pouvoir difficilement s’en passer par la suite, sous peine de voir l’aspect de ses seins se détériorer...

Ces données ont été accueillies avec intérêt et largement reprises à travers les médias, en France comme à l’international. Mais la docteure en biologie Helixis Felis reste dubitative : « Déjà, parce que [ces résultats] ne sont trouvables nulle part : aucune étude n’a été publiée, il n’y a que des articles dans la presse. Et le panel, 300 femmes, est bien insuffisant. Il ne peut pas être représentatif de la population », objecte-t-elle.

Désormais retraité, Jean-Denis Rouillon explique que ses résultats n’ont en effet jamais été publiés puisque « l’étude n’est pas finie » : il continue encore aujourd’hui à recueillir des données. En revanche, une thèse reprenant ses premières conclusions, réalisée par Olivier Roussel et dirigée par Jean-Denis Rouillon lui-même, a été publiée en 2009.

Quant à l’étroitesse du panel, il l’assume sans détours : « Évidemment que c’est trop restreint. C’est une somme d’études de cas. Jamais je ne dirai que toutes les femmes de la planète tireront bénéfice du fait de jeter leur soutien-gorge », dit-il.

« Mais, ajoute-t-il, ces résultats laissent penser que, oui, ce sera sans doute le cas pour la plupart d’entre elles, si elles respectent une certaine progressivité, qu’elles sont encore relativement jeunes et pas en surpoids. »


Quel lien avec le cancer du sein ?

Pour le Franc-Comtois, son travail a surtout le mérite de « mettre quelques jalons sur cette question ». Lui avait décidé de s’y intéresser après avoir constaté le « vide abyssal » autour du sujet.

D’autant que l’impact du soutien-gorge dépasse les seules questions du confort ou de l’esthétisme. Certains font même d’alarmants liens entre le fait d’en porter et le risque de cancer du sein.

Une peur sur laquelle un site d’e-commerce est allé jusqu’à surfer, mettant en vente un soutien-gorge prétendument censé « protéger du cancer du sein », comme le rapportait 20 Minutes cet été. Pourtant, de nombreux organismes apportent un vigoureux démenti : « Le soutien-gorge n’est en aucune manière un facteur de risque », assure ainsi la Fondation contre le cancer de Belgique sur son site.

Le docteur Jean-Denis Rouillon, lui, est moins formel. « Il y a une seule étude à long terme et menée sur plus de 2 000 femmes, par des chercheurs anglo-saxons, en 1991, précise-t-il. Et ses conclusions ont été que les femmes ne portant pas de soutiens-gorge avaient moins de cancers du sein. »

« On sait aussi que, chez les souris, élever la température des seins augmente la croissance des cellules cancéreuses, et c’est l’un des effets provoqués par le soutien-gorge, poursuit-il. Ce n’est pas suffisant pour faire un lien. Mais là encore, on voit qu’il y a une piste à creuser et que cela mériterait des études plus sérieuses »
, argue-t-il, rappelant tout de même « ne pas être un spécialiste du cancer du sein

Les seins, l’angle mort de la recherche


Comment expliquer un tel angle mort dans la recherche médicale, alors que cette question est susceptible de concerner la moitié de la population ? Parmi les explications plausibles, selon Jean-Denis Rouillon, il y a le poids de l’industrie de la lingerie : « Le soutien-gorge fabrique la fragilité du sein, puis la femme en devient dépendante. C’est une arnaque extraordinaire qui dure depuis 120 ans », lâche-t-il.

Mais pour le chercheur, c’est surtout le poids des constructions sociales entourant le sujet qui empêche d’avoir des informations fiables sur lesquelles s’appuyer. « Les seins font partie du corps de la femme, on n’a pas de raison de ne pas les étudier, dit-il. Mais pour s’y intéresser, dès lors qu’on n’évoque plus le cancer du sein, on est jugé peu sérieux : il y aurait mieux à faire, c’est considéré comme futile, indécent, et de toute façon, ne pas mettre de soutien-gorge serait provoquant… »

Le scientifique raconte avoir lui-même ressenti cette réprobation de la part de certains de ses collègues. Cela n’étonne pas la docteure en biologie Helixis Felis : « La recherche scientifique a longtemps été menée par des hommes, et le milieu médical est encore très masculin aujourd’hui. Forcément, ils se posent moins de questions sur ce qui ne va toucher que les femmes », regrette-t-elle.




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