Série. 6. Malo, le saint navigateur

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Série. 6. Malo, le saint navigateur

Message par Admin le Dim 12 Aoû - 22:03

Publié le 12 août 2018 à 09h00 le telegramme


On prête à Malo d’avoir rendu la vue à un aveugle, d’avoir ressuscité un garçon qui s’était noyé dans un puits ou une truie tuée par inadvertance… Sa statue dans la Vallee des Saints de Carnoët est l’œuvre du sculpteur Patrice Le Guen.

Quoi de plus normal pour l’un des sept saints fondateurs de la Bretagne que d’avoir passé une partie de sa vie à voguer sur les flots. C’est le cas de saint Malo, considéré comme le premier évêque de la ville éponyme.

Saint Malo, en plus d’avoir donné son nom à la célèbre cité corsaire, sur les bords de la Manche, est aussi l’un des saints bretons les plus connus. « Il mérite d’occuper un rang d’honneur entre tous les saints que la France a donnés au ciel dans le cours des siècles », écrit François Plaine. L’historien et moine bénédictin du XIXe siècle précise que peu de saints connaissent un culte aussi étendu sur le territoire : « C’est qu’en effet Malo, ou mieux Macout, se trouve inscrit dans tous les martyrologes anciens et modernes, depuis celui d’Usuard ; c’est que sa réputation de saint et de thaumaturge a dépassé de beaucoup les limites de la Grande-Bretagne où il vit le jour, celles de l’Armorique où s’écoulèrent ses meilleures années, et celles de Saintonge où il termina sa glorieuse carrière. La France entière, la Belgique, l’Italie, même les îles de l’océan Atlantique ont retenti du bruit de son nom, se sont plu à vénérer sa mémoire, à lui élever des temples et des autels, à lui consacrer des jours de fête ».

Originaire du pays de Galles


Dom Plaine regrette cependant le manque de sources hagiographiques précises et « dignes d’inspirer confiance ». Le moine historien retrouve, à la fin du XIXe siècle, la trace de l’une des premières biographies de saint Malo, rédigé au cours du IXe siècle par un certain Bili, diacre de l’église d’Aleth. Ce texte permet de lever une part d’ombre sur le célèbre personnage. Malo (une déformation de Mac Low, qui sera appelé également Macout ou Maclou selon les régions) serait né dans le comté de Gwent au pays de Galles au milieu des années 510.

Issu d’une famille noble, il aurait été confié, dès son plus jeune âge, à la garde de saint Brendan, abbé de Lancarvan. Contrairement aux autres élèves, Malo est un garçon assez solitaire. La légende raconte qu’un soir, s’étant éloigné du groupe d’enfants avec qui il jouait sur une plage, il s’éloigna et se mit sur un tertre où il s’endormit. La marée montante obligea les enfants à s’éloigner puis à rentrer. En arrivant au monastère, on s’aperçut de l’absence de Malo. L’abbé Brendan courut vers le rivage et appela le garçon, mais ne reçut aucune réponse. On crût qu’il s’était noyé. Le lendemain matin, tous revinrent vers la mer et aperçurent Malo sur son tertre qui avait augmenté en hauteur, le protégeant des flots. Les eaux n’avaient même pas mouillé ses habits. Premier miracle de ce saint futur marin, qui fera de la mer son élément.

Des années à voguer sur les mers


Ordonné à l’âge de 30 ans, Malo s’embarque avec Brendan pour un périple maritime de plusieurs années, vers des contrées lointaines, afin d’évangéliser les populations. Cela expliquerait en partie, selon dom Plaine, que le saint soit honoré des rivages de la mer du Nord à ceux de l’Atlantique, en passant par les îles Canaries et les côtes italiennes. L’imaginaire populaire représente souvent saint Malo donnant une messe sur le dos d’une baleine, souvenir de ces aventures sur les océans. Vers l’année 550, Malo aurait accosté sur l’île de Cézembre, en face de la ville qui porte aujourd’hui son nom. Il rencontra un ermite local, saint Aaron, qui vivait sur une presqu’île dans l’embouchure de la Rance, près de la cité d’Aleth, lieu de l’actuel Saint-Servan, à quelques encablures du lieu où se trouve la cité corsaire aujourd’hui. Malo prend le relais d’Aaron qui se fait vieillissant et poursuit son œuvre évangélisatrice dans le pays des Coriosolites.


Chassé de Bretagne

« Malo s’étant fait une grande réputation de sainteté et de miracles, est demandé pour évêque par le clergé d’Aleth », précise François Plaine. On prête au Gallois d’avoir rendu la vue à un aveugle, d’avoir ressuscité un garçon qui s’était noyé dans un puits ou une truie tuée par inadvertance… Ces prodiges attirent de nombreux pèlerins qui viennent se recueillir dans le monastère que Malo fait construire, à côté d’Aleth. L’abbaye accumule des richesses, suscitant la jalousie du seigneur local qui décide de l’attaquer. Face à ces persécutions, Malo reprend la mer, accompagné de 33 de ses moines, et part plus au sud. Il arrive en Charente-Maritime, où il rencontre Léonce, l’évêque de la région, qui lui octroie un vaste domaine, à Saintonge (près de l’actuelle Saintes), où le saint breton fait construire un nouveau monastère. En son absence, la ville d’Aleth et ses habitants connaissent la famine et une misère noire. Croyant à une sanction divine, ils partent à la recherche de leur ancien évêque, et lui demandent de revenir à Aleth pour sauver la ville. Une fois le retour du saint, les fléaux cessent et la ville redevient prospère. Saint Malo rentre à Saintonge, où il s’éteint quelques années plus tard, vers 621.


Pour en savoir plus


« Vie inédite de saint Malo », écrit au IXe siècle par Bili, de François Plaine, Librairie Bretonne, 1884.


Les Sept Saints fondateurs : un choix a posteriori



On parle en Bretagne des Sept Saints fondateurs : Pol Aurélien à Saint-Pol-de-Léon, Tugdual à Tréguier, Brieuc à Saint-Brieuc, Malo à Saint-Malo, Samson à Dol-de-Bretagne, Patern à Vannes, Corentin à Quimper. Pourquoi ces sept-là, pourquoi pas d’autres parmi le grand nombre de saints bretons ? Certains avancent l’idée de la symbolique du chiffre dans la tradition chrétienne : les sept dons du Saint-Esprit ou les sept sacrements, mais aussi les sept anges de l’Apocalypse.

Pour l’érudit René-François Le Men, il suffit simplement, explique-t-il dans sa « Monographie de la cathédrale de Quimper : XIIIe-XVe siècle » en 1877 que « les sept saints sont les fondateurs des sièges épiscopaux bretons ; c’est pourquoi saint Clair, de Nantes, et saint Amand, de Rennes, ne figurent pas dans ce groupe glorieux ; leurs sièges furent d’abord et longtemps occupés par des évêques gallo-franks. Il est vrai qu’on peut en dire autant du siège épiscopal de Vannes, mais comme politiquement il devint breton avant les deux autres, saint Patern fut vite assimilé, dans la dévotion populaire, aux vrais évêques bretons ». Un pèlerinage - le Tro Breiz, qui relie les sept villes - leur est d’ailleurs consacré depuis le Moyen-Âge.

Pourtant, les étapes peuvent varier au fil du temps, tout comme les dévotions. Ainsi, au XVIe siècle, Nantes peut remplacer Quimper ou Vannes, et Corentin ou Patern se substituer à l’apôtre saint Pierre. Selon l’historienne Magali Coumert, le Tro Breiz est une tradition remise au goût du jour au XIXe siècle, au moment de la construction nationaliste bretonne. « On explique souvent que les sept saints représentent les sept évêchés où l’on parlait le breton.

Mais cette construction n’existe pas au Moyen-Âge. À l’époque, la langue n’est pas porteuse d’identité politique dans la région, on parle le gallo ou le breton, les élites utilisent le français. L’idée d’une unité linguistique date du XIXe siècle, avec pour but de revendiquer l’autonomie. Pour légitimer cela, certains ont recherché des racines à la Bretagne, c’est pourquoi on exclut des saints fondateurs ceux de Nantes et Rennes ».
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