Émile Masson, Breton pacifiste

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Émile Masson, Breton pacifiste Empty Émile Masson, Breton pacifiste

Message par Admin le Jeu 4 Oct - 21:11

Publié le 30 septembre 2018 à 09h00
©️ Le Télégramme

Émile Masson, Breton pacifiste 3713
Portrait d’Émile Masson.Archives municipales de Pontivy, fonds Floquet

Au cours du premier conflit mondial, Émile Masson, professeur à Pontivy, intellectuel engagé depuis l’affaire Dreyfus, est bouleversé par les massacres quotidiens de la guerre. Antimilitariste et non-violent, il est l’un des rares à dénoncer la propagande patriotique et l’appel incessant à la haine de l’ennemi

« Je sais que les armées alliées sont pleines d’âmes nobles qui veulent mourir pour que la vie vaille la peine d’être vécue. Mais je n’ignore pas que de telles âmes ne manquent pas non plus dans les rangs ennemis. […] Est-ce que la guerre qui oblige à s’entre-tuer des hommes pareils n’est pas le pire des crimes ? » L’extrait de cette lettre d’Émile Masson aux syndicalistes Louis et Gabrielle Bouët, datée du 4 août 1917, résume en quelques mots la pensée de ce professeur d’anglais de Pontivy, qui ne cesse de dénoncer les atrocités de la guerre depuis son commencement, trois ans plus tôt, jour pour jour. Une opinion extrêmement rare à l’époque en France, où tout propos pacifiste est considéré comme défaitiste et condamné par les pouvoirs publics.

Dans la lignée de Jean Jaurès, socialiste comme lui, Émile Masson n’a pas dévié de ses idéaux, contrairement à bon nombre de ses amis, tel l’écrivain Charles Péguy ou l’intellectuel libertaire Gustave Hervé, qui se convertissent dès la déclaration de guerre d’août 1914, au nationalisme. C’est pourtant avec eux qu’Émile Masson s’oppose en 1913 à la loi de rétablissement de la conscription de trois ans pour le service militaire. Il faut dire que le Breton reste profondément marqué par ses classes, au début des années 1890, à Brest : « Il en sort anti-militariste, allergique à vie à l’autorité arbitraire, écœuré par la vie dégradante et abêtissante de la caserne, le rôle répressif de l’armée, et pour le moins méfiant envers le mot de patrie », explique l’historien Jean-Didier Giraud.


Un socialiste libertaire

Né à Brest le 26 juillet 1869 dans le quartier populaire de Recouvrance au sein d’une famille modeste, Émile Masson découvre très tôt la pauvreté ouvrière, l’inégalité sociale et l’hypocrisie du patriotisme, qui n’est selon lui « qu’une vaste et complexe maison de commerce et d’exploitation de toute espèce pour les financiers et toute la haute bourgeoisie qui en dépendent ». Après son service militaire, il poursuit ses études à la Sorbonne puis à Oxford . C’est lors de ces séjours à Paris et à Londres qu’il se forge ses convictions politiques, au fil de ses rencontres avec des grands penseurs libertaires comme Kropotkine ou Jean Grave. De retour à Rennes, avec en poche une double licence en philosophie et en anglais, il devient répétiteur, c’est-à-dire surveillant, dans différents collèges de la région, où il découvre les dures conditions de travail et de vie des élèves d’internat.
Après Saint-Brieuc, Nantes et Brest, il arrive à Rennes, en plein procès du capitaine Dreyfus.

« L’affaire Dreyfus le plonge dans cette atmosphère effervescente où intellectuels et ouvriers se retrouvent sur les mêmes bancs des Universités populaires, à la recherche de la Justice et de la Vérité, précise l’historienne Marielle Giraud. Toute sa vie, il prônera une « révolution des consciences », où chacun doit donner l’exemple non pas en paroles, ou par un engagement dans un groupe politique, mais individuellement, dans tous les actes de sa vie quotidienne ». En 1900, Masson décroche son premier poste de professeur à Loudun (Vienne) puis à Saumur (Maine-et-Loire). En dehors de ses heures de cours, il écrit régulièrement, sous pseudonyme, dans des revues socialistes libertaires. C’est ainsi qu’il rencontre sa femme, Elsie, une Galloise qui partage les mêmes convictions de justice sociale. Le couple se marie à Dunkerque en 1902, avant de rejoindre la Bretagne deux ans plus tard. Masson est nommé professeur d’anglais à Pontivy, ce qui lui permet de revenir dans sa région natale.


Un résistant à la guerre

Lorsque la guerre éclate, Émile Masson, âgé de 46 ans, est réformé pour raison médicale. À Pontivy, les convois de blessés sont incessants, une partie des bâtiments du collège où il travaille est transformée en hôpital, où Émile et sa femme aident en tant qu’infirmiers. « Masson souffre, au-delà des massacres, de l’atmosphère proche du fanatisme qui s’instaure, étouffant toute pensée critique ou humaine, note Jean-Didier Giraud.

Dès décembre 1914, les Masson correspondent avec les rares qui n’ont pas déserté la cause de la paix. Ils écrivent beaucoup, mettent en contact, diffusent clandestinement des brochures interdites, qu’ils recopient et distribuent sous le manteau. Masson offre sa prose sans compter aux rares publications qui luttent contre le militarisme, malgré la censure qui blanchit les colonnes ». Un combat épuisant qui contribue sans doute à la détérioration de l’état psychologique d’Émile Masson. Souffrant de neurasthénie, le Breton est atteint de graves troubles psychiatriques, et meurt après des mois d’hospitalisation à la clinique de Picpus à Paris, le 9 février 1923, à l’âge de 53 ans.


Pour en savoir plus

« Émile Masson, professeur de liberté » de J.-D. et M. Giraud, éditions Canope, 1991.

« Émile Masson, prophète et rebelle » (actes du colloque international de Pontivy) sous la direction de J.-D. et M. Giraud, Giraud, Presses universitaires de Rennes, 2005.

©️ Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/histoire/emile-masson-breton-pacifiste-30-09-2018-12092333.php#uADrlvsJrcfpHzFl.99


Un défenseur de la langue bretonne


Le combat mené par Émile Masson contre la guerre s’inscrit dans une bataille bien plus large : celle pour un monde meilleur. Cette révolution doit se dérouler sans violence, en passant notamment par l’éducation : « Il faut éduquer inlassablement les hommes à la vie sociale et à la liberté. […] Vous n’imaginez pas à quel degré d’horreur je monte quand j’envisage les hommes tels qu’ils sont, autour de moi, en notre XXe siècle !… Il leur faudrait des masses de « professeurs de liberté », et leur éducation durera ! Et c’est de cette éducation incessante des autres et de soi-même que finira par sortir la société nouvelle. […] Ce qui me paraît suprêmement désirable, c’est que la conscience gagnant un par un tous les individus, la révolution se fasse jour à jour, heure à heure, sans que personne s’en aperçoive. En sorte qu’un jour tous les hommes s’éveillent dans la liberté… »



Brug, une revue libertaire


Pour arriver à ces fins, il est nécessaire de parler la langue des classes laborieuses. C’est dans cette optique qu’Émile Masson apprend le breton à son arrivée à Pontivy. Il crée même Brug, une revue libertaire qui a pour objectif « d’aider les paysans et paysannes de Basse-Bretagne à améliorer leur vie matérielle, à s’élever moralement et intellectuellement ; cela en s’adressant à eux dans leurs dialectes, et sous les formes les plus pures d’art et de pensée ». Jusque-là, les seules publications en langue bretonne étaient l’apanage de la droite catholique. Avec Brug, vendu un sou et diffusé à 500 exemplaires entre 1913 et 1914, Masson veut réconcilier la langue bretonne avec le socialisme. Il diffuse à travers sa revue des textes simples mais éloquents, au message évident, pour amener les Bretons à refuser la fatalité de la misère et à assumer leur identité, afin de mieux entrer dans la fraternité des peuples.

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