LA SANDALETTE DE PLOUHA
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Les Amazones du Dahomey/ Minons

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Message par Admin Mer 16 Sep - 22:51

Les Amazones du Dahomey/ Minons Sans4827

Les Amazones du Dahomey/ Minons
« En joue ! En joue ! Tirez !
Dispersez-vous afin de bien tirer !
Que celui qui tire suive la fumée de son fusil !
Nous mangeons pour ton service, roi des Perles !
Qu’un jour nous nous trouvions en présence d’une armée audacieuse
nous n’aurions peur de rien ;
nous serons invincibles ;
nous ressemblerons au buffle qui ne se perd pas
au milieu des moutons !
Oui ! Oui ! Oui !
Nous porterons nos fusils pour les tuer !
Nous porterons nos sabres pour les tuer !
Quel bruit font nos pas !
Tous ensemble vous mourrez !
Nous porterons nos fusils pour les tuer !
Le sang coule en cascade, vos têtes sont coupées !
Quel bruit font nos pas !
Tous ensemble vous mourrez !

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Ce chant militaire violent, impulsif et intrépide était celui d’une armée de femmes, les amazones du Royaume du Dahomè (ou Dahomey), également appelées Minons. En effet, fondé dans les années 1600 par le peuple fon à partir de la ville d’Abomey (dans l’actuelle Bénin), le Dahomè avait la particularité, depuis le règne de la reine Tassi Hangbè (1708-1711) d’avoir, à côté d’une armée masculine, une armée composée, organisée et commandée par des femmes. De 1708 à 1894, elles formaient un ensemble puissant de 5000 à 8000 guerrières selon les époques. Au-delà des missions d’espionnage et des défilés militaires, c’étaient de véritables guerrières qui combattaient leurs ennemis au corps-à-corps.
Organisation des amazones

L’historienne africaniste Hélène d’Almeida-Topor a décrit en détails cette armée des amazones et son rôle au sein du royaume. Elle explique que les amazones étaient divisées en trois « régiments » (selon l’explorateur John Duncan) ou trois « corps » (selon Sir Richard Francis Burton) :
- Fanti : il s’agissait de la garde du roi, dirigée par une « générale en chef ». Ce corps était sous-divisé en deux parties, chacune étant menée par une « capitaine » ou une « commandante ».
- Aile droite : dirigée par la gundémé et son adjointe la kétugan
- Aile gauche : dirigée par la yéwé et son adjointe l’akpadumé.

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Un journaliste français a écrit que ce qui distinguait ces deux ailes était la coiffure des amazones, mais cette information n’a été reprise par aucune autre source. En revanche, tous s’accordaient à dire que ces trois « régiments » ou « corps » se composaient de plusieurs unités. Il y avait tout d’abord les Aligossi. Ce nom renvoie aux meurtres des amazones dans Aligo (une partie du palais d’Abomey) en raison de leur fidélité au roi Adandozan (1797-1818). Il y avait ensuite les Djedokpo (qui signifie à genoux) : il s’agissait d’un corps d’élite strictement confiné au palais. Deux interprétations divergentes existent : ces femmes seraient des reines-amazones c’est-à-dire des épouses du Roi (chargées de le protéger) ou ce serait une unité qui portait le nom de l’une des épouses du roi Glèlè, Djedokpo, épouse qui aurait été la première commandante de cette unité. Venaient après les Nan-Ahouan-nan-to (les princesses qui donnent l’assaut) : une unité formée de princesses amazones. Enfin, il y avait les Houisôdji (sur le coutelas/sur le qui-vive) : unité formée par le roi Béhanzin.

Pour finir, il existait cinq spécialités, présentes dans chacune des unités. L’historienne Almeida-Topor rappela d’ailleurs qu’en langue fon, il n’y avait pas de mot pour « guerrière » ni « amazone ». Elles se désignaient et étaient désignées en fonction de leurs spécialités.

La première spécialité était le fusil. Les fusilières, appelées gulonento, étaient habillées de bleu et de blanc comme toute l’infanterie. Elles avaient une coiffe blanche sur laquelle était présente un caïman bleu, ainsi qu’un ceinturon à la taille auquel était attachée une cartouchière à compartiments. Le roi Agadja (1711-1740) fût le premier roi dahoméen à doter ses amazones d’armes à feu, des fusils à silex anglais, dont les balles étaient fabriquées par des forgerons dahoméens. Plus tard, au XIXème siècle, elles étaient équipées de carabines françaises dont le maniement était plus facile. Enfin, elles eurent des chassepots et des lebels à partir de la conquête coloniale.

La deuxième spécialité était l’arc. Les archères, appelées go-hen-to, étaient vêtues d’une courte tunique bleue et elles avaient toutes un tatouage descendant jusqu’au genou. Leur arc était unique. La partie basse était moins bombée que la haute, et était baguée de fer. Les archères possédaient sur le bras gauche un bracelet d’ivoire sur lequel la flèche glissait. Enfin, l’historienne Almeida-Topor expliqua que toutes les flèches étaient empoisonnées et à tête crochue. En raison de la modernisation des équipements militaires, cette unité a perdu en efficacité. Ainsi, elles ne devaient intervenir qu’en cas d’extrême nécessité et avaient pour rôle principal de ramener le corps des amazones tuées au combat. Il semble que cette spécialité n’était pratiquée que par les jeunes recrues, qui par la suite étaient affectées à une autre spécialité.

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La troisième spécialité était le « rasoir ». Les faucheuses, appelées nyekplo-hen-to, étaient armées d’un grand rasoir, que Richard Burton qualifia de « guillotine portative », inventé par le frère du roi Guézo (1818-1858). La lame mesurait près de 45 centimètres et se refermait dans un manche en bois d’environ 60 centimètres. Ces rasoirs pesaient lourds (10 kilogrammes), elles les tenaient donc avec les deux mains et devaient être particulièrement fortes. Il apparait que le maniement de cette arme était difficile et que l’importance de cette spécialité tenait à deux points. Tout d’abord, elles inspiraient la terreur, c’était un outil de guerre psychologique. Ensuite, les faucheuses avaient pour objectif de décapiter le roi ennemi. En revanche, il faut noter que cette arme n’a pas été utilisée contre l’armée française d’après les témoignages.

La quatrième spécialité était l’artillerie. Les artilleuses, appelées agbarya, étaient vêtues de rouge et de bleu, et leur étendard représentait une amazone déchiquetant un ennemi. L’artillerie dahoméenne était assez limitée. Elle ne comprenait qu’une douzaine de canons datant surtout du XVIIIème siècle, et de lourds tromblons.
La cinquième spécialité était la catégorie particulière des chasseresses. D’après les traditions orales, les chasseresses furent les premières amazones, concomitantes ou antérieures à la fondation du Dahomè. Leur rôle était de chasser le gibier, et notamment l’éléphant. La chasse à l’éléphant était une mission importante pour des raisons économiques et religieuses. En effet, les dents et les défenses étaient vendues aux marchands européens tandis que la viande était mise sur le marché locale. Les squelettes étaient quant à eux destinés au culte des divinités. En raison de leur importance pour la pratique des cultes et pour le commerce, elles étaient considérées comme l’élite des amazones et il n’était pas aisé d’en devenir une. De plus, elles portaient des vêtements distinctifs : chemise brune et caleçon brun et bleu, ainsi qu’une coiffe formée de deux cornes d’antilope.
Enfin, il n’existait pas de cavalerie de guerre mais des cavaliers formait un groupe de parade.

Les amazones et la lutte contre l’Empire français

Contrairement à ce qui est souvent écrit, la première rencontre entre l’armée française et les amazones n’a pas eu lieu en 1892 (date du début de la Seconde guerre du Dahomè). En effet, lorsque la France décida d’étendre sa présence en Afrique de l’Ouest, elle s’intéressa rapidement aux territoires correspondant à l’actuelle Bénin en raison des ports de Cotonou et de Porto-Novo, du grand marché d’armes et du puissant royaume du Dahomè. Malgré ou en raison de la multiplication des protectorats français dans la région, l’armée dahoméenne dont les amazones, multiplia les attaques contre certaines villes et villages placées sous protectorat (notamment Danko et Porto-Novo). La Première guerre du Dahomè débuta le 21 février 1890 et opposa les forces françaises, aidées des forces des royaumes de Porto-Novo et de Kinto, aux forces dahoméennes. A la suite de la bataille de Cotonou et celle d’Atchoupa (bataille au cours de laquelle les forces dahoméennes réussirent à faire reculer les forces françaises, sans toutefois prendre la ville), un traité de paix fut signé le 3 octobre 1890. Ce traité disposait de la reconnaissance du protectorat français sur Porto-Novo et Kinto par Dahomè, et la cession des droits coutumiers dahoméens sur Cotonou contre le paiement annuel de 20000 francs.

Du 4 juillet 1892 au 15 janvier 1894 eu lieu la Seconde guerre du Dahomè. L’armée française comptait 2164 soldats (principalement des légionnaires et des tirailleurs sénégalais) ainsi qu’environ 2500 supplétifs de Porto-Novo et de Kinto. L’armée dahoméenne avait de son côté plus de 8000 soldats, dont les amazones. Elles eurent de lourdes pertes, particulièrement lors de la bataille d’Adégon le 6 octobre 1892 mais dès le 15 octobre, les unités des amazones furent reconstituées. Du 15 au 26 octobre, elles et leurs homologues masculins bloquèrent les forces françaises dans la ville d’Akpa. Finalement, les forces françaises réussirent à prendre Abomey le 17 novembre 1892 après que le roi Béhanzin eut incendié et fui sa capitale. Il fut capturé le 15 janvier 1894 et signa un traité de paix, date qui marqua la dissolution officielle de l’armée des amazones.
De nos jours, des troupes de comédiens béninois reproduisent les danses des amazones, et des femmes se battent pour rétablir la mémoire de la reine Tassi Hangbè, qui a été effacée des manuscrits royaux par ses successeurs malgré son apport important à l’histoire militaire de son royaume. Cette reine et les amazones représentent pour certains la lutte pour l’indépendance et pour l’émancipation des femmes (toute relative cependant, car, bien qu’elles aient formé une caste guerrière et que leur fondatrice fut une femme, les Amazones n’en demeuraient pas moins des filles d'esclaves et restaient sous le joug de la servitude).

Crédits iconographiques :
1 - Les survivantes des Amazones de Behanzin, photographie par François-Edmond Fortier (Collection particulière, Wikimedia Commons)
2 - Représentation de Seh-Dong-Hong-Beh, l'une des plus célèbre commandante des Amazones du Dahomè par Frederick Forbes en 1851 (inconnu, Wikimedia Commons)
3 - Un groupe d'Amazones en 1890, photo surement mise en scène, (ALPERN, Stanley B. Amazons of Black Sparta : The Women Warriors of Dahomey, Wikimedia Commons)
4 - Au Dahomey, combat à Dgébé (Kauffmann Paul vers 1895, Musée de Bretagne)
Sources :
- Almeida-Topor (Hélène d') : Les Amazones. Une armée de femmes dans l'Afrique précoloniale. Edition Rochevignes, 1984.
- Aublet Édouard Edmond, La guerre au Dahomey 1888-1893, 1893-1894 : d'après les documents officiels, Berger-Levrault, Paris, 1894-1895.
- Leroux Christelle, Au Bénin, les fières amazones du Dahomey, Invitation au voyage, Arte, Paris, 2020.
- Merruau Paul, Le Dahomey et le roi Guezo, Revue des Deux Mondes, Nouvelle période, tome 12, 1851 (p. 1036-1062).
- Roques Pierre Auguste, Le Génie au Dahomey en 1892 … Avec une carte. Extrait de la Revue du Génie militaire, Paris, Berger-Levrault & Co, 1895, 52 p.

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