LA SANDALETTE DE PLOUHA
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C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère…

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C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère… Empty C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère…

Message par Admin Lun 17 Mai - 9:50

C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère… Sans6085

C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère… Sans6086


C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère… Et les photos de la rombière qu’elle devint ne disent d’elle que ce qu’elle voulait bien montrer : Lady Mond, une femme embourgeoisée, respectable, généreuse et rangée. Mais que d’efforts pour en arriver là !

Maï naît en 1869 dans le corps de Marie-Louise Manac’h à Belle-Isle-en-terre dans les Côtes-du-Nord dans un centre Bretagne dont l’austérité n’a d’égal que la pauvreté. Elle naît donc fille, pauvre et bretonnante dans un monde d’homme et dans une fratrie de neuf garçons. C’était donc assez mal engagé, on en conviendra. Elle se sent bien vite à l’étroit dans cet environnement qui ne la fait pas rêver mais auquel elle restera durablement attachée. C’est grâce à l’école de la république que le voile se lève : excellente élève en français, c’est une fillette attachante à laquelle les propriétaires du moulin de son père offrent un voyage qui créera un véritable appel d’air dans sa jeune vie : ils l’emmènent à Paris assister aux funérailles nationales du grand homme de lettres Victor Hugo.

On peine à imaginer le séisme culturel que déclencha ce voyage : Maï mettra tout en œuvre pour donner résolument à sa vie un cap que n’avaient certainement pas prévu ses impécunieux parents. Aucune bonne fée ne s’est penchée sur son berceau ? Qu’à cela ne tienne ! La chance, ça se provoque, ça s’invoque et ça se cultive ! Maï s’équipe d’un bagage scolaire et culturel suffisant pour donner le change et la réplique puis gagne Saint-Brieuc où elle travaille dans un hôtel, et enfin Paris, ville des lumières, où elle vend des bouquets de violettes sur le pavé gras de Montmartre.

Ce qu’elle sera capable de faire pour arriver à ses fins restera pudiquement dans l’ombre : Maï a veillé à ne pas ternir cette légende qu’elle construit patiemment et on sait peu de choses sur ces premières années parisiennes pourtant fort agitées si ce n’est qu’elle n’a pas froid aux yeux, qu’elle apprend vite et retient tout, qu’elle sait s’entourer et mettre en valeur des appâts auxquels succomberont plus d’un amant. Elle défraie la chronique et l’on retrouve, au détour des potins de la presse à scandale, quelques pépites : « elle se fit remarquer en descendant un soir la butte Montmartre dans le plus simple appareil, elle était lancée ». En 1893, lors du bal costumé de l’école des Beaux-Arts au Moulin Rouge, elle fait sensation : elle fait partie des dix femmes admises à figurer dans le cortège costumé, à peine vêtue d’une gaze fort transparente. On trouve trace, en juin 1893, d’une condamnation à deux mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs : elle se serait dévêtue dans un restaurant à la suite d’un pari qu’on qualifiera de stupide…


C’est peu de dire que Maï Manac’h avait du caractère… Sans6087

Bref, elle finit par épouser un négociant en fruits et légumes qu’elle suit à Londres et découvre avec gourmandise une nouvelle capitale où faire la fête. Une tuberculose et une cirrhose plus tard, son mari la laisse veuve à la fin de l’année 1900. Bien décidée à poursuivre son ascension dans le monde des hommes, la veuve joyeuse se remet vite en chasse et rencontre –par le plus grand des hasards, c’est évident… ou pas- l’infant d’Espagne qui tombe littéralement dans son lit. Antoine d'Orléans, duc de Galliera, petit-fils du roi des Français Louis Philippe Ier et du roi d’Espagne Ferdinand VII, séparé légalement de son épouse l’infante Eulalie, ajoute donc à son pedigree déjà fourni le titre d’amant de Maï. C’est un chaud lapin et la jeune Bretonne ne le retient dans ses filets que jusqu’en 1906 : il lui fait comprendre qu’il la quitte, elle lui casse les dents avec son ombrelle, ils sont quittes. Fin de l’histoire.
Cette liaison pour courte et houleuse qu’elle aura été, ouvre de nombreuses portes à Maï et lui aura permis d’explorer un univers bien éloigné du moulin de Belle-Isle-en-terre… Ce statut de cocotte assez rémunérateur lui permet d’acheter une maison à Belle-Isle, un appartement à Londres, un autre à Paris et de rencontrer en audience privée le pape Pie X –qu’avaient-ils à se raconter ces deux-là ? le mystère reste entier…-.

A l’occasion d’un de ses séjours outre-Manche, alors qu’elle a soufflé ses quarante-trois bougies, elle croise le richissime Robert Mond qu’elle cueille d’un sourire, comme une fleur. C’est le roi du nickel : il est industriel, chimiste, égyptologue, collectionneur, mécène, humaniste, à la tête d’une fortune colossale et il tombe dans le lit de Maï en 1910, sans opposer la moindre résistance. C’est donc assurément un beau parti qu’elle épouse en 1922. Après donc un demi-siècle d’efforts, Lady Mond atteint le rivage que la petite Maï rêvait de gagner. Le 3 juin 1932, Robert Mond est anobli et fait Knight bachelor par le roi Georges V : le couple devient alors Sir et Lady Mond.

La suite de l'existence de Maï Manac’h sera mondaine, navigant de Londres à Dinard et de Paris à Belle-Isle-en-terre. Son mari la comble de cadeaux –bijoux, tableaux, voyages et châteaux- et en bonne dame respectable, elle est généreuse avec la terre qui l’a vu naître. Cette fille prodigue, qui n’aura jamais eu d’enfants, a un sens aigu de la famille et elle veille sur sa tribu: elle fait élire son frère Joseph, maire de Belle-Isle-en-Terre , y fait construire une nouvelle mairie, la poste, la gendarmerie, un haras, une salle des fêtes et installer de nouveaux vitraux dans l’église. Elle rachète et fait raser le moulin Toulquer en 1932, celui dans lequel travaillèrent ses parents jusqu’en 1885, sur l’emplacement duquel elle fait bâtir un château dans lequel elle vivra longtemps.

Elle avait été bercée par langue bretonne : elle œuvre dès lors pour la promotion de cette culture dont elle n’avait eu de cesse de se départir pour sortir de la misère : elle fait traduire par Camile Le Mercier d'Erm la légende des « Quatre fils Aymon » (Buez ar Pevar Mab Emon), elle accueille dans son château des lutteurs de gouren (lutte bretonne) venus des Cornouailles britanniques. Elle fit aussi partie avec son frère Job Manac’h du bureau de la Fédération des Amis des Luttes et Sports Athlétiques Bretons et ouvre grand ses portes aux intellectuels défenseurs de la culture bretonne comme François Taldir-Jaffrenou et et Camille Le Mercier d'Erm, ce qui lui vaut d’être reçue Bardesse d’honneur du Gorsedd de Bretagne.

Alors que les bruits de bottes se précisent dans toute l’Europe, Sir Robert Mond décède en octobre 1938. Maï et les deux filles de Sir Robert, issues d’un premier mariage, sont les principales bénéficiaires du testament… Alors que les Allemands déferlent en Bretagne, la riche veuve est arrêtée au début de l’occupation, incarcérée à la prison de Porz-an-Quenn à Guingamp pour plusieurs mois et ses châteaux réquisitionnés et occupés par les Allemands. A la libération, elle reprend paisiblement le cours de son incroyable existence et quitte sereinement une vie qu’elle s’était taillée sur mesure à Castel Mond, son château de Belle-Isle-en-terre, en 1949. Elle avait quatre-vingts ans.

Gageons qu'à Castel Mond, elle aura partagé des apéritifs conviviaux et généreux avec une brochette d'intellectuels bretonnants et de solides lutteurs de gouren auxquels elle aura proposé cet houmous d'artichaut au sésame soyeux et parfumé. Yech'ed mat!
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