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Non, les femmes préhistoriques ne se contentaient pas de balayer leur caverne

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Message par Admin Ven 4 Déc - 20:03

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Correspondance, Gautier DEMOUVEAUX

Réhabiliter le rôle et le statut des femmes durant la Préhistoire, c’est la tâche à laquelle s’est attelée la préhistorienne Marylène Patou-Mathis dans son dernier ouvrage, en démontrant comment la gent féminine a été invisibilisée au cours des siècles…

« Non, les femmes préhistoriques ne passaient pas leur temps à balayer la grotte ! » C’est par ces mots que débute L’homme préhistorique est aussi une femme, le dernier essai de la préhistorienne Marylène Patou-Mathis, directrice de recherche au CNRS.

Comme l’a démontré la dernière découverte archéologique au Pérou et la mise à jour de la sépulture d’une femme enterrée avec son arsenal de chasse, les femmes n’étaient pas cantonnées à la cueillette ou à l’éducation des enfants. « Pourtant, quand on voit les réactions sur les réseaux sociaux et les médias, ou bien celles de certains archéologues, cela paraît étonnant voire impensable », constate Marylène Patou-Mathis.

La faute à quoi ? À l’imaginaire collectif qui a forgé cette image, dès le début de l’archéologie préhistorique. « La discipline est assez récente, elle est apparue dans les années 1860 en Europe occidentale, poursuit la directrice de recherche au CNRS. Les premiers préhistoriens sont des médecins, des curés ou des instituteurs, ils vivent dans une société dans laquelle la position des femmes est très claire : elles sont essentiellement cantonnées au foyer, pour la procréation, l’éducation des enfants et les tâches domestiques. »


Résultat : « Ils vont calquer le mode de vie des femmes préhistoriques sur ce modèle social, où les femmes sont considérées comme des mineures et subordonnées aux hommes ! »

Influences culturelles et médicales

Si ces pionniers de la préhistoire sont encore amateurs, leur regard de défricheurs dominera longtemps la discipline, qui restera quasi-exclusivement masculine jusque dans les années 1950 avant de s’ouvrir peu à peu aux chercheuses.

« Cela s’est fait de manière inconsciente, précise la préhistorienne. Mais c’est à cause de ce regard-là que ces reconstitutions des modes de vie préhistoriques ont été biaisées par leur perception des femmes et leur place dans la société. Ils vont reproduire ce schéma, notamment la division sexuée du travail. »

Cette vision va également imprégner le monde des arts, friand de la découverte de ces peuples antédiluviens qu’ils fantasment à travers leurs sculptures, peintures et œuvres littéraires, comme La Guerre du feu, un roman publié par l’écrivain J.-.H. Rosny en 1909.

Cela va se poursuivre tout au long du XXe siècle, à travers les imagiers pour écoliers qui représentent des scènes de chasses exclusivement masculines. « Tout est parti de la vision de ces savants qui va diffuser dans l’imaginaire collectif à travers les représentations artistiques et les romans préhistoriques. Encore aujourd’hui, il est très difficile de déconstruire ces mythes », note Marylène Patou-Mathis.


« Or tout repose sur des présupposés voire des préjugés sexistes, poursuit-elle. Sans réelles preuves archéologiques, ils vont assigner aux femmes certaines tâches, la cueillette par exemple, et décréter que seuls les hommes taillaient les outils, chassaient, dessinaient sur les parois des grottes… »

Les préhistoriens d’antan ont ainsi contribué à cette représentation que nous avons encore aujourd’hui : « Comme en plus ils sont imprégnés de l’éducation judéo-chrétienne mais aussi des discours médicaux du XIXe siècle, ils considèrent que les femmes sont inférieures, résume Marylène Patou-Mathis. Pour eux, c’est très clair : toutes les innovations et les activités de création sont exclusivement le fait des hommes. »


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Les premiers préhistoriens, au XIXe siècle, ont calqué leur vision de la femme préhistorique sur celle de leur société. Ainsi, pour eux, la chasse était une question d’hommes. Pourtant, la féminisation de la profession depuis les années 1980 et les nouvelles technologies viennent ébranler ces idées reçues… (Illustration : Paul-Joseph Jamin / Wikicommons)

Les femmes absentes du progrès humain

Pourtant, aucune preuve archéologique ne prouve que ces activités étaient exclusivement réservées aux hommes. « Comment voulez-vous prouver scientifiquement qui a taillé l’outil en silex ou qui a peint ou gravé les magnifiques œuvres découvertes dans les grottes ? », fait remarquer la chercheuse.

« D’autant que l’on a la preuve aujourd’hui que certaines des mains négatives présentes sur les parois sont celles de femmes, souligne-t-elle. Alors pourquoi ne pas envisager qu’elles aient pu dessiner certains des animaux figurant à côté ! »

« Cette idée du rôle mineur des femmes dans l’évolution culturelle de l’humanité est très présente dans les écrits du XIXe et du début du XXe siècle et a tendance à se poursuivre encore aujourd’hui… »

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Pendant longtemps, les dessins et peintures trouvés au fond des grottes, comme ici la Cueva de Las Manos en Argentine, furent attribués exclusivement à des hommes préhistoriques. Les dernières études montrent que les femmes aussi participaient à l’art rupestre et pariétal. (Photo : Mariano / Wikicommons)


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Pourquoi ne pas imaginer que des femmes préhistoriques aient pu peindre les grands aurochs sur les parois de la grotte de Lascaux ? Actuellement, rappelle Marylène Patou-Mathis, rien ne prouve qu’elles ne pouvaient pas le faire… (Photo : Wikimédia Commons)

Des sociétés préhistoriques multiples


Pour changer cela, Marylène Patou-Mathis explique qu’il faut arrêter de généraliser en parlant des hommes préhistoriques, qui n’étaient pas les mêmes au cours du Paléolithique et du Néolithique : « Il ne faut pas penser UNE société préhistorique uniforme. Il en a existé de nombreuses, par exemple celles présentes en France ou en Ukraine il y a 40 000 ans, n’étaient pas les mêmes ! On peut donc imaginer qu’à certains moments, dans certaines sociétés, les femmes ont aussi joué un rôle important dans l’économie, qu’elles ont innové, inventé… »

Pourtant, les présupposés ont la vie dure, et ils sont encore présents aujourd’hui, en partie parce qu’ils s’appuient sur l’ethnologie : « Beaucoup d’études ethnographiques ont montré que chez les peuples de chasseurs-cueilleurs, il existe une division sexuée du travail : les hommes à la chasse, les femmes à la cueillette. On en a donc conclu qu’elle existait durant la préhistoire, poursuit la directrice de recherche du CNRS. Sauf que c’est considérer que ces peuples n’ont pas évolué depuis 10 000 ans, comme s’ils étaient restés figés au Paléolithique ! Ce n’est pas parce qu’ils ont gardé certaines techniques ancestrales qu’ils n’ont pas modifié leurs structures sociales au cours du temps ! »

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La Dame de Brassempouy, appelée aussi Dame à la Capuche, est un fragment de statuette en ivoire datant du Paléolithique supérieur. Dans l’art mobilier, c’est-à-dire les petites statuettes, ce sont essentiellement des femmes qui sont représentées, explique Marylène Patou-Mathis. « Jusqu’au Néolithique, les sociétés sont plutôt matrilinéaires [système de filiation dans lequel chacun relève du lignage de sa mère, NdlR]. À l’époque, la seule chose que voyaient les hommes préhistoriques, c’était que les bébés sortaient du ventre de leur mère. Ils ne connaissaient sans doute pas le rôle de l’homme dans la procréation. » Cela explique sans doute pourquoi le sexe féminin est représenté partout, mais qu’on trouve très peu de sexes masculins. (Photo : Jean-Gilles Berizzi / Wikicommons)

Rétablir des vérités historiques

Au fil des pages, Marylène Patou-Mathis s’est donc attelée à démontrer que cette vision de la vie de nos ancêtres était une construction reposant sur des présupposés et des préjugés sexistes : « Les femmes sont quasi-invisibles dans la préhistoire, mais aussi dans l’histoire, où elles ont été effacées. Pourtant, elles y ont joué un rôle important dans de nombreux domaines comme les sciences ou l’art. »

« Or les femmes ne sont génétiquement ni inférieures ni programmées pour n’effectuer que certaines activités, mise à part évidemment la procréation. Le patriarcat n’est ni originel ni naturel. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle, car cela sous-entend que les choses peuvent changer ! »

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La vision des premiers préhistoriens et leur vision inférieure de la femme, cantonnée aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants, et attendant le retour du chasseur, ont imprégné la culture populaire. Des préjugés encore présents aujourd’hui… (Photo : DR)

Un message important aujourd’hui, dans notre société où ces présupposés préhistoriques servent encore à justifier une société patriarcale rongée par les violences faites aux femmes ou les différences de salaires entre les deux sexes…

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